SPECIALE Finance Digitale: Vers quels modèles d’affaires les banques africaines se dirigent-elles ?

Les secteurs de la finance et de la banque sont au cœur d’une mutation aussi profonde que rapide. Initiée avec l’avènement du digital, cette mutation est en train de redistribuer les cartes et redéfinir totalement l’écosystème financier et bancaire partout dans le monde. Lecture croisée de la Rédaction de Pmeafricaines.com

Le monde est à l’heure du numérique, du digital et de l’innovation. Aucun secteur d’activité n’y échappe. Le secteur financier est évidemment en proie à de profondes mutations technologiques car, on y a recours de plus en plus à l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) avec notamment le développement de nouveaux services financiers comme le Mobile Banking, l’E-Banking, le Mobile money, le paiement en ligne, et autres.

Face à chaque innovation, les acteurs doivent s’adapter pour survivre. Le secteur bancaire ne fait pas exception à la théorie de l’évolution. A l’aune de ce nouvel environnement, vers quels modèles d’affaires les banques africaines  se dirigent-t-elles ?

Cette question est d’une actualité lancinante car, aujourd’hui, les banques et services financiers  africains établis font face à un double défi: d’abord, un défi d’ordre stratégique : comment améliorer les modèles d’affaires et en inventer de nouveaux ? Ensuite, un défi d’adaptation : comment adopter ces nouvelles règles du jeu, faites d’audace et d’agilité ?

 Etat des lieux sur le continent

 Qu’ils en soient acteurs ou victimes présentement, la révolution digitale s’imposera aux banques, aux opérateurs  de l’assurance et  aux gestionnaires de fonds africain et particulièrement francophones. En effet, face à des opérateurs de téléphonie, de plus en plus confrontés à des régulations complexes et défavorables entrainant des baisses de revenus, qui se redéployent  sans cesse dans  la  finance mobile, il est bien temps que les acteurs financiers africains  évaluent  tout ce qui menace leurs différents  business model. L’environnement les y incite fortement et, dans une approche systématique. Ce qui est incompréhensible dans l’espace francophone, c’est que les applications mobiles ne soient pas démocratisées sur des marchés où ce sont des millions de personnes qui se connectent mensuellement à Internet et disposent de Smartphones? De plus en plus de pays africains francophones ont passé le cap des 200 milles personnes présentes sur Facebook. Mais mieux, c’est l’ensemble des plateformes offertes par  Twitter, LinkedIn, Immo et Whatsapp qui représentent aujourd’hui un mix media à affiner ou à envisager.

Dés lors, le secteur financier  francophone d’Afrique est il en retard par rapport à la partie anglophone du continent ? Tout laisse à le croire quand on sait que, contrairement à leurs homologues francophones, les banques anglophones  sont en pleine course au positionnement pour le digital ou numérique car les pays  anglophones appellent à une « cashless society », une société où la monnaie trébuchant et sonnante est dématérialisée : la  banque mobile aidant les réseaux d’agences, généralement insuffisants, à faire face à la pression de la clientèle.

Une société nouvelle émerge dans cet espace linguistique  et s’y déploie avec des technologies, réinventent les usages des consommateurs, insufflent une nouvelle dynamique en matière de relation client, de services et produits. Cette révolution silencieuse se passe dans la fameuse « vie réelle ». Applications Android, iOS, Windows ou encore BlackBerry, les banques sont partout or dans les pays francophones, le digital et le numérique constituent des objectifs lointains quand on sait que beaucoup de pays sont toujours entre la 2G et  3G alors que les habitudes de consommation, le style de vie et les attentes du public ont fortement été modifiés par l’omniprésence d’Internet et du mobile ! Ces deux facteurs induisent un changement de l’approche du secteur financier notamment avec l’apparition des solutions de paiement mobile, la montée des applications et le poids important des réseaux.

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 Un virage stratégique s’impose aux banques francophones

 Les profondes mutations opérées par Internet appellent  les pays francophones d’Afriques à un profond changement. Autrement dit, les pays anglophones d’Afrique ont presque réalisé  le virage stratégique nécessaire là où les francophones trainent encore les pieds : en Afrique du sud, au Nigeria, au Ghana ou encore au Kenya, la mutation digitale et numérique est quasiment achevée. Et les autres sont entrain de faire des efforts considérables pour entrer dans le peloton. Or Les banques et les compagnies d’assurance de la zone Franc sont aujourd’hui principalement dans des modèles classiques d’opération à savoir : les points banques, les agences, une communication principalement offline en Télévision, et en affichage. Cet état de choses est propre aux pays francophones.

Dans un avenir très proche, la banque en ligne  devrait se populariser,  et la fièvre des réseaux sociaux devrait permettre de  répondre directement aux questions là où elles s’expriment. Pour les banques francophones, l’heure est pour l’action en vue d’un rattrapage voire un repositionnement stratégique, plutôt que d’attendre que la technologie ne menace les principaux aspects des modèles d’affaires actuels. De manière générale, les banques africaines  doivent opérer un virage stratégique  et créer des écosystèmes qui permettront aux clients d’utiliser leurs smartphones et qui fournissent tous les services (contrôle des paiements par carte, du compte salaire, du troisième pilier, etc).

Les jeunes africains  se détourneront de ceux qui ne répondront pas à leurs attentes.

Rappelons  que la connectivité constante, qu’elle soit en ligne ou mobile, a donné l’opportunité aux banques traditionnelles et à une nouvelle génération de fournisseurs de services financiers, les Fintech ou les banques en ligne, et les operateurs de télécommunication de proposer toute une batterie d’offres innovantes. Le cadre réglementaire est lui aussi en train d’évoluer en apportant des nouveautés majeures comme l’avènement dans l’espace UEMOA des Etablissements de Monnaies Electronique (EME).  Si jusqu’à présent, le marché ne comptait qu’un nombre restreint d’acteurs, les portes sont désormais grandes ouvertes pour accueillir de nouveaux fournisseurs de services et leurs approches clientèle innovantes.

Aussi, la révolution bancaire ne se limite pas à des changements technologiques et réglementaires, elle est impulsée par des tendances culturelles et sociétales, à savoir : la génération de jeunes africains  qui ont grandi, plus ou moins, dans cette ère digitale, et qui  ont une perception et des attentes envers les banques totalement différentes de celles que pouvaient avoir leurs parents. Ils considèrent généralement que l’instantanéité doit être la norme en matière de services,  et souhaitent plus que jamais être reconnus et traités en tant qu’individus uniques. C’est pourquoi, ces jeunes africains francophones  n’auront aucun regret à se détourner des institutions ou fournisseurs de services qui ne répondent pas à leurs attentes. Par conséquent, soit les banques francophones  réussissent à se réinventer, soit elles vont tomber dans l’oubli.

Au milieu de ces chambardements, il convient de rester vigilant : tout reste à réinventer et il n’existe aucune fatalité.  Si les défis sont conséquents, les opportunités sont toutes aussi intéressantes car, la banque de détail est même devenue encore plus attrayante. Certes, la diminution du nombre d’agences classiques semble inéluctable. Cependant,  il est nécessaire de pouvoir proposer des échanges en face à face. Alors que les réseaux physiques sont remplacés par les canaux digitaux, de nouvelles méthodes pour favoriser la confiance des clients doivent être mises en place.

Les stratégies payantes seront celles qui reposeront sur l’agilité technologique, des approches marketing beaucoup plus sophistiquées, et un niveau de sécurité suffisamment robuste pour rassurer une génération de clients qui a besoin de comprendre qui détient leurs données, qui assurent leur protection. Orange France  semble vouloir relever le défi pour combler le retard des pays francophones : elle a déjà créé des sociétés  «  Orange money SA » qui sont agréées en qualité d’établissement de monnaie électronique en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Guinée. Le groupe télécoms français a obtenu les  agréments nécessaires  pour  émettre de  la monnaie électronique dans chacun de ces pays. Et la dynamique devrait se poursuivre dans tous les autres pays où elle  possède une filiale.




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