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Les PME ouest africaines dans la cour des grands ?

Les portes de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) sont théoriquement grandement ouvertes aux PME depuis le 19 Décembre 2017 par le lancement d’un  troisième  compartiment qui leur est dédié. Mais à ce jour, aucune cotation de PME n’a été signalée.

Par Latyr Dieng

PmeAfricaines.com

 

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Officiellement, le compartiment dédie aux PME ouest africaines a été  ouvert le 19 décembre dernier à Abidjan, siège de la BRVM. Mais le processus d’admission n’a réellement  pas encore démarré. Les PME pressenties ne sont encore qu’à l’étape de déclaration d’intention ; elles ont envoyé leurs lettres d’intention et marqué un intérêt pour être cotées à la BRVM. Il s’agit de PME de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Togo, du Burkina Faso, et du Mali qui s’activent dans l’agro- alimentaire, les BTP, l’agro-finance, l’imprimerie, le textile, la microfinance, les télécommunications. Pour ce qui concerne le  démarrage effectif des cotations, la BRVM n’entend retenir qu’ une ‘’short list’’ de  quelques quatre entreprises parmi les douze candidates. « Le lancement du troisième compartiment de la BRVM pour les PME et les entreprises à fort potentiel de croissance constitue une matérialisation indéniable de l’engagement de la BRVM à apporter une contribution significative au problème de financement des économies de notre union. » disait Le président du conseil d’administration de la BRVM, Pierre Atépa Goudiaby, lors du lancement. A y regarder de prés, Le troisième compartiment se présente comme  un des leviers de la transformation économique des pays membres de L’UEMOA dont l’objectif est entre autres : la transformation structurelle des huit économies qui composent la zone économique, en créant des champions nationaux et régionaux parmi les  nombreuses PME de l’espace UEMOA. Aussi, il devra participer au  renforcement de la croissance économique à travers le financement durable de l’activité de création de richesse dont les PME doivent être les moteurs – vue leur importance numérique dans la constitution du tissu économique des Etats africains,  et les difficultés pour elles d’obtenir des financements sur le long terme auprès du secteur bancaire.

Un écosystème favorable aux  PME

Le nouveau compartiment est donc un nouvel instrument qui permettra aux  PME de mobiliser des ressources à long terme, d’assurer l’adéquation entre leur choix d’investissement et de financement, de réduire leurs charges financières, d’adopter de meilleurs standards de gouvernance et de gestion.  Le recours à la bourse pour lever des fonds apparaît dans ces conditions comme une alternative attractive pour les PME. Encore faudrait-il qu’elles acceptent de jouer dans la cour des grands en se mettant aux normes pour remplir les critères d’éligibilité à la bourse ! Une gageure pour les PME, quand on sait le faible niveau de formalisation et de structuration de la majorité d’entre elles dans l’espace UEMOA ; ce qui se traduit par des  difficultés pour elles  à produire des informations comptables et économiques fiables sur leurs affaires. Une exigence minimale de transparence financière pour les investisseurs que peu de PME africaines arrive  à satisfaire.  Ainsi, en ouvrant les portes du marché boursier aux PME, les autorités de la BRVM ont comme intention de pousser les pme à se structurer davantage et saisir les opportunités de collecter les ressources dont elles ont besoin pour financer le développement de leurs activités  de manière générale et  de leur croissance organique  ou externe de manière particulière.

Il appartient maintenant à la BRVM  de mettre en place un écosystème favorable pour les PME afin d’accroître le nombre de sociétés cotées et d’améliorer la profondeur de la liquidité de son  marché en encourageant la mobilisation de l’épargne domestique. Chemin faisant, elle franchira un nouveau cap dans son ascension, en élargissant son champ de rayonnement aux premiers moteurs de croissance des économies africaines que sont les PME. À chaque  État de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) de promouvoir un environnement des affaires pro-pme, mais également, de faire appel au marché financier pour financer leurs investissements et ne plus avoir à s’endetter sur le marché international.

Segmentation des PME et conditions d’admission

Si la BRVM d’Abidjan  est prête à accueillir des Pme ouest africaines, elle doit toutefois veiller à la viabilité de la bourse en fixant  des critères  d’éligibilité et  en segmentant les PME au regard de leurs différents stades de développement et des politiques sectorielles dans chaque état. Ainsi les PME  ont été classifiées en  trois catégories. L’institution distingue cells qui sont  à la recherche de capitaux de démarrage, avec  moins de 12 mois d’expérience et  un plan d’affaires de trois ans validé par une société d’intermédiation. Ces dernières  doivent signer une convention de garantie du capital pour trois ans contre les risques de faillite.  Autre condition, les fondateurs de la PME qui ont plus de 10% de capital doivent s’engager à y travailler pendant cinq ans. Quant aux PME existantes, elles doivent disposer d’une garantie contre les faillites pendant cinq ans. Idem pour l’engagement des dirigeants. En outre, l’entreprise doit être éligible à la charte PME de l’UEMOA.  Pour les entreprises à forte croissance construites en général autour d’un label, d’un brevet avec un potentiel de croissance d’au moins 10%, les conditions sont analogues à quelques variantes près. Les PME  qui peuvent venir de leur propre chef sur ledit compartiment  et  remplir le critère – non moins contraignant et sélectif –  relatif au capital d’au moins 100 millions FCFA exigé à  tous les potentiels candidats sont rares voire inexistantes. C’est pourquoi la BRVM a assorti les conditions d’admission au compartiment de mesures d’accompagnement : un fonds de soutien à l’introduction en Bourse avec un remboursement sur cinq ans, un fonds d’accompagnement et, une garantie contre la faillite, entre autres. Par ailleurs, les discussions se poursuivent avec les autorités financières régionales sur la  possibilité d’alléger davantage  les critères d’admission en termes de capitalisation minimale, de pourcentage du capital ou du flottant à céder au public ainsi que le nombre d’années et de comptes certifiés que possèdent certaines PME candidates, comparativement aux deux autres  compartiments de la BRVM. Aussi, tout un dispositif d’accompagnement est en train d’être mis en place pour les candidates à l’entrée dans le 3eme compartiment. De nombreux partenariats ont été signés avec les acteurs de l’écosystème des PME  tant au plan africain qu’avec l’international : depuis les partenariats avec d’autres places boursières comme l’accord tripartite BRVM, bourse de Casablanca et bourse de Londres, jusqu’au partenariat avec le Fond africain de Garantie (African Guarantie Fund) mis en place par la BAD pour faciliter le financement des PME africaines. Sans accompagnement, beaucoup de PME ne peuvent venir sur le compartiment.

Enjeux de la cotation boursière des PME

À l’heure actuelle, la bourse des pays de l’UEMOA cherche à se positionner, par le biais de son  troisième compartiment, parmi les bourses africaines les plus dynamiques. Face aux reflux des financements internationaux depuis la crise financière mondiale de 2008. A vrai dire,  elle  ne se démarque plus particulièrement du rendement des autres produits de placement disponibles sur le marché financier de cette sous-région. Mais dorénavant, la BRVM jouera un rôle d’une importance certaine dans le financement du développement régional et des entreprises avec ce nouveau compartiment pour les PME. L’Afrique est devenue la nouvelle frontière de la  croissance dans le monde et les pays de la zone UEMOA affichent des taux de croissance enviables de plus de 6% pour certains pays comme le Sénégal et la Cote d’Ivoire au moment où leur bourse de valeur commune connaît un faible développement du marché obligataire – ce qui attire de nouveaux investisseurs. Par ailleurs, la question de la disponibilité de ressources longues du système financier (banques et SFD réunis) pour prendre en charge les besoins de financement de la croissance durable des entreprises en général, et des PME en particulier, reste entière. Le financement bancaire est inaccessible du reste, pour  la majorité des  PME ; et celles qui parviennent à se faire financer se doivent de se contenter de crédit court  et moyen terme pour financer des investissements sur le long terme. Les institutions de  micro finance ont des capacités financières limitées tandis que les Fonds de capital risque et les fonds d’investissement ne font pas encore légion dans l’espace UEMOA. Selon la BCEAO, 80 à 95% du nombre d’entreprises recensées dans l’UEMOA avec d’importants besoins de financement non couverts sont des PME.

Les enjeux aujourd’hui sont certes multiples mais  pour les PME, c’est tout d’abord, un enjeu de compétitivité pour faire face à une concurrence généralisée synonyme de compétition sans merci, sur des marchés qui deviennent plus exigeants et de plus en plus grands (marché de plus de 300 millions de personnes de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’avènement de la  Zone de Libre Echange Continentale (ZLEC) etc). Opter pour la bourse pour financer le développement de ses activités, c’est se donner les moyens d’investir et de faire face aux exigences de compétitivité,  de souplesse, d’agilité, et d’innovation continue attendues des entreprises.

Etre coté en bourse, luxe ou aubaine ?

La mise en place de ce compartiment est assortie de mesures d’accompagnement  puisque  peu de Pme vont passer dans les mailles du filet et celles qui seront  recalées  devront être  accompagnées et encadrées  pour faire partie des heureuses élues plus tard. En effet, la BRVM et les Autorités de l’UEMOA sont entrain de créer un écosystème des affaires un peu plus favorable aux PME dans un contexte  de croissance retrouvée. A cet égard, l’ouverture du troisième  compartiment  semble être à la fois une aubaine  pour les PME et une « évolution fondamentale » et/ou une solution d’adaptation de la bourse à la réalité économique de l’Espace UEMOA marquée par la prédominance de cette catégorie d’entreprises. Mais son accès constitue également un challenge pour certaines  PME et un luxe pour la grande majorité d’entre elles, quand on sait que la plupart des entreprises de l’UEMOA sont des PME/PMI, notoirement connues pour leur manque de transparence financière et des faiblesses dans la gestion et dans la gouvernance. Certes la création de ce  compartiment peut apporter des solutions au problème de financement des PME par les marchés financiers mais, pour ce faire,  les Pme doivent  être plus ambitieuses. Elles doivent accepter de se structurer,  d’améliorer leur gestion et leur gouvernance, et  se tourner un peu plus vers le marché boursier. Le jeu en vaut vraiment la chandelle car,  en  plus des ressources financières, la bourse donne aussi à l’entreprise plus de crédibilité, renforce sa visibilité et sa notoriété tout en assurant la pérennité de l’activité. N’est ce pas là une  volonté d’instaurer une  bonne gouvernance d’entreprise,  et un moyen de rassurer les fournisseurs, les  clients, investisseurs  et autres partenaires de l’entreprise ! La balle est donc  désormais dans le camp des PME qui veulent devenir les champions africains de demain. Les craintes liées au coût de l’introduction ou à une perte de contrôle de l’entreprise sont sans fondement. Tout au contraire, la bourse apparaît de plus en plus comme un instrument de démocratisation du capital gage d’une pérennisation pour l’entreprise.




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