Les PME africaines et la RSE: quelles Perspectives ?

Comment les entreprises de petite taille- les TPE et PME –  qui constituent  la majorité du tissu des entreprises en Afrique, mais restent confrontées à d’autres défis autrement plus immédiats,  perçoivent la  RSE ?

Par Bacary SEYDI, 

Pme Africaines.Com

Photo Signature Convention de financement SONATEL et CTIC

La Responsabilité sociétale et environnementale des Entreprises (RSE) est encore un concept très superflu pour beaucoup de grandes entreprises en Afrique, à fortiori, les Petites et Moyennes Entreprises  qui ont d’autres priorités autrement plus immédiates de survie.  Cela ne saurait en aucun cas dédouaner ces dernières d’assumer leur part de responsabilité sociétale et environnementale dans un monde où la participation de tous  à la préservation de la Planète terre est devenue plus qu’une exigence ; au regard des menaces  multiformes que font peser le réchauffement climatique et ses conséquences sur les activités économiques, sur  l’environnement, sur les populations,  et sur les budgets des Etats ; compromettant ainsi l’atteinte de plusieurs Objectifs de Développement Durable (ODD).

Généralement en Afrique, la RSE est encore une initiative volontaire,  sans contrainte légale, ni mesure fiscale incitative en sa faveur. Les pratiques montrent que la RSE  est le plus souvent, l’apanage des grandes entreprises et  des filiales de multinationales étrangères. Donc un  « gadget » inadapté et non prioritaire pour les autres ; notamment les  TPE-PME qui pourtant  constituent le principal moteur de croissance et du développement des pays africains et l’essentiel du tissu économique.

Par ailleurs, les pratiques s’apparentent davantage à du mécénat, ou au sponsoring, sans lien avec le  cœur de métier des entreprises qui ont intégré la RSE dans leur management. En matière de transparence également, les pots de vin et autres enveloppes et dessous de tables pour gagner les marchés sont plutôt monnaie courante. Toutes choses  aux antipodes des bonnes pratiques et standards reconnus en la matière, et en particulier, la Norme ISO 26 000 qui définie la responsabilité des entreprises et organisations  relativement aux impacts de leurs décisions ou activités sur le plan économique, social, et environnemental.

Certes,  des efforts louables d’amélioration de contenu des démarches RSE  sont perceptibles chez certaines filiales de multinationales et grandes entreprises.  Mais le plus souvent, les actions à mener sont dictées  depuis la maison mère, et donc souvent éloignées des préoccupations de leurs parties prenantes immédiates que sont le personnel des entreprises  et  les populations environnantes des lieux d’exercice de leurs activités.  La bonne nouvelle vient cependant des pays anglophones comme le Nigeria et le Ghana où l’une des évolutions récentes de la RSE, le local content (le recours des grandes entreprises à l’expertise locale ou aux pme locales pour la fourniture de certains services ou produits), fait l’objet d’une Loi pour le premier pays et une obligation pour le second.

Il reste que la RSE est l’apanage de grandes entreprises – filiales ou non de multinationales – un peu partout en Afrique.

il est également frappant  de constater que les PME et TPE ont été jusqu’ici des bénéficiaires des actions entreprises par les grandes entreprises dans le cadre de leurs activités RSE et non des acteurs engagés dans la RSE à proprement parler. C’est ainsi que  la Sonatel une filiale du groupe Orange au Sénégal  investit dans l’incubation de TPE et de Start up TIC en partenariat avec le CTIC Dakar. Au total, ce n’est pas moins de 250 millions FCFA que Sonatel a déjà investis dans le CTIC Dakar, depuis sa création en avril 2011. En l’espace de 6 ans de fonctionnement,  le CTIC Dakar, dont Sonatel est membre fondateur, a accueilli une soixantaine de  PME et start-up, dont une vingtaine en incubation, une quarantaine en accélération et une dizaine accompagnée à travers des programmes spécifiques.

Total Sénégal une filiale du Groupe TOTAL finance dans le cadre de sa démarche RSE,  des formations en gestion aux gérants de stations d’essence pour en faire de vrais chefs d’entreprises parce qu’une station services, c’est devenue une PME de fait. La SOCOCIM Industries une cimenterie basée au Sénégal accompagne les initiatives entrepreneuriales des  femmes de sa zone d’implantation et la création d’emploi à travers des appuis spécifiques via sa Fondation d’entreprise.

En revanche, des démarches RSE initiées par les PME elles-mêmes constituent quelque chose à inventer même si,  depuis quelques années,  on remarque un intérêt manifeste de certaines  entreprises de taille intermédiaire (les grosses PME et les Moyennes Entreprises) à s’engager dans des démarches RSE. Certaines parmi elles se sont même distinguées  par des actions ciblées pour assumer leur part de responsabilité sociétale et environnementale. On peut citer par exemple NEUROTECH SA, une entreprise de taille moyenne active dans l’intégration de solutions informatiques,  qui innove en la matière au point d’être primée par le UN Global Compact,  à travers des investissements ciblés dans l’éducation. On pourrait ajouter aussi EUROGERM, une société sénégalaise fournisseur d’équipements de boulangerie et de pâtisserie et de solutions technologiques et ingrédients pour les utilisateurs de farine qui appuie les écoles coraniques en nourriture pendant le mois de ramadan ;   SIMPA  une entreprise productrice d’emballages qui fait la promotion de TPE installées dans la collecte et le recyclage des déchets plastiques et réutilise des granulés plastiques  tirés du recyclage de ces déchets pour ainsi réduire son empreinte carbone etc. Malheureusement, ces exemples d’entreprises sont très peu nombreux.

Comment engager les Petites Entreprises et les TPE dans la RSE ?

Le  grand défi reste donc, comment impliquer les Petites et Très Petites Entreprises comme acteurs dans la RSE. Comment peuvent-elles s’appliquer elles-mêmes la RSE malgré leurs difficultés quotidiennes?

La question mérite qu’on s’y penche, car les PME qui représentent plus de 90% des entreprises, sont considérées comme un des moteurs de la croissance économique en Afrique, et un   puissant levier de lutte contre la pauvreté, la précarité, le chômage et le sous-emploi. Des acteurs incontournables du développement donc, mais chez qui la RSE n’est pas la priorité. Ce qui se comprend aisément  lorsqu’elles  doivent  faire face d’abord à des problèmes patents de survie avec un  fort taux de mortalité de l’ordre de 65% avant les 3 premières années.

Les difficultés d’accès au financement bancaire, aux marchés publics, à un site d’accueil adéquat,  le phénomène de mondialisation et l’accroissement de la concurrence tout azimuts,  les difficultés de recouvrement de leur factures,  une fiscalité écrasante, et bien d’autres contraintes  auxquelles font face cette catégorie d’entreprises ne les prédisposent pas à se lancer  facilement dans des démarches RSE.  Au contraire, ces difficultés forgent une certaine perception  de la RSE;  considérée comme quelque chose d’inadaptée à leurs réalités et un investissement superflu. De ce fait, « formaliser son entreprise,  payer un salaire décent et à date fixe ses employés, c’est déjà avoir un comportement responsable » pensent certains dirigeants de PME interrogés sur la question ! La priorité du chef d’entreprise ; c’est avant tout, payer ses salariés, se formaliser. Pour une PME, se formaliser, c’est déjà une façon d’assumer sa responsabilité à condition bien sûr que leur effort fiscal se traduise par des dépenses publiques beaucoup plus efficaces et qui aient des impacts réels sur l’amélioration des conditions de vie des populations surtout les plus défavorisées d’entre elles et sur les services publics délivrés aux entreprises. Sous ce rapport, le respect des lois constitue le b.a.-ba pour une Pme  en Afrique pour contribuer à l’atteinte des objectifs de développement durable quelque soit sa taille.  Le Dialogue et la prise en compte des intérêts des parties prenantes ; les impacts des actions menées sur l’ensemble de la chaîne de valeur (cycle de vie de l’activité/produit/service) ; et plus globalement, la prise en compte systématique d’une des 7 questions centrales que pose la norme ISO 26 000 sont reconnus comme des bonnes pratiques avérées.

Compte tenue de ces réalités propres aux Pme africaines, si on doit les inciter  à intégrer la pratique de la RSE,  autant faire en sorte que cette RSE soit orientée « performance de l’entreprise ». C’est la conclusion  à laquelle ont abouti les réflexions engagées au sein de l’Observatoire des Valeurs Sociétale et Éthiques des Organisations (OVSEO), une organisation non gouvernementale basée à  Dakar qui travaille sur cette question et fait la promotion des bonnes pratiques de développement durable auprès des entreprises et organisations. Cela passe par l’écoute des  collaborateurs, la transformation de l’employé en collaborateur, le respect du salarié.

L’OVSEO dans ses réflexions est aussi arrivée  à la conclusion qu’il faut des mesures d’incitations pour les PME qui s’engagent dans la RSE comme un Fonds d’investissement socialement responsable, qui pourrait participer au financement de leurs projets d’investissement.

Une autre motivation, et pas des moindres, c’est la conscience des chefs d’entreprise que la RSE peut être un adjuvant commercial, voire un argument de vente qui procure une certaine acceptabilité sociale de l’entreprise et de ses produits ; par conséquent, un moyen d’augmenter son chiffre d’affaire à terme.

En conclusion, la RSE peut être une contribution significative  et effective des entreprises à l’atteinte des 17 Objectifs de Développement Durable, y compris les PME et TPE  à travers le respect de la norme ISO  26 000,  si et seulement si ces dernières perçoivent clairement le retour sur investissement, si des mesures d’incitations sont mises en place, et s’il ya une bonne « contextualisation » de la RSE aux réalités des PME africaines.

En matière d’incitation, l’avènement de Fonds d’investissements d’impact sur le continent comme le Fonds IPAE mis en place par Investisseurs & Partenaires sont les bienvenus ; pour inciter les Pme africaines à assumer leur responsabilité sociétale et environnementale au même titre que les grandes entreprises. IPAE 2 lancé en fin 2017  à la suite du succès qu’a connu IPAE 1, sera doté   à terme de 80 millions d’euros, pour investir en fonds propres et quasi fonds propres en minoritaire dans 30 à 40 startups et entreprises situées en Afrique Subsaharienne et dans l’Océan Indien, et favoriser ainsi la construction d’un secteur privé durable et performant.

 




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