Décryptage : Faut-il craindre l’explosion du « Mobile » dans l’offre de services financiers et bancaires en Afrique?

 Par la Redaction de PmeAfricaines.com

Les services de « Mobile Banking », de « Mobile Money » ou de « Mobile Transfer » associés au  téléphone mobile deviennent de plus en plus un relai important de croissance en Afrique. Toutefois, leur explosion pose plusieurs problématiques qui méritent d’être adressées au plus vite. La rédaction de Pmeafricaines.com  en fait une lecture croisée.

Dans l’espace UEMOA, comme partout ailleurs en Afrique, l’extraordinaire succès du téléphone mobile a permis d’améliorer la communication populaire et a ainsi transformé la vie des populations. Démarré timidement dans les années 90, le mobile a fini aujourd’hui sa phase de démocratisation et a résorbé le retard enregistré au niveau de la mise à disposition du téléphone fixe, avec des taux de couverture et de pénétration égalant ou dépassant, par endroit, ceux des pays du Nord. A cela s’ajoute la performance technologique des téléphones qui sont devenus des micro ordinateurs ayant la capacité d’intégrer plusieurs applications utilitaires. On les appelle des « Smart- phone » ; littéralement, des « Téléphones intelligents ». Ce succès, a suscité beaucoup de réflexions quant à l’utilisation plus efficiente de ce qui est devenu le terminal le mieux distribué auprès des consommateurs finaux. Beaucoup de prestataires éprouvant le besoin de faire parvenir des informations utiles à leurs clients commencent à exploiter l’opportunité créée par cet état de fait. Cela commence avec les plateformes SMS et l’évolution a mené jusqu’à la possibilité de dématérialiser l’accès à des informations bancaires (relevés) et même à la réalisation de transactions financières (virements, transfert d’argent, paiement par monnaie électronique etc.).

Nous nous intéressons ici aux services financiers et bancaires du fait de leur sensibilité et des problématiques qui   s’y associent. En effet, plusieurs services du secteur  bancaire et du transfert d’argent sont aujourd’hui offerts à travers les réseaux de téléphonie mobile : ils sont communément appelés « Mobile Banking », « Mobile Money » ou « Mobile Transfer ».

Cette explosion des services « Mobile » repose sur plusieurs facteurs. Le succès phénoménal du téléphone mobile sur le continent africain et la performance technologique des appareils font partie des facteurs qui ont dopé cette explosion du Mobile partout dans le monde et singulièrement en Afrique.

Le faible taux de bancarisation causé par le retard accusé par les banques quant à l’élargissement de leur base de clientèle de particuliers  et la faible densité des réseaux de services financiers et bancaires ont favorisé le développement de l’offre de services financiers via le Mobile en Afrique.

D’autres préoccupations comme la problématique du cash management des prestataires de services grand public (facturiers, assurances, services médicaux, transport etc.) et l’inaccessibilité des populations à l’Internet fixe ont aussi beaucoup joué. La première a fait naitre des opportunités de paiement via le mobile des services alors que la seconde a contribué à créer le boom de l’internet mobile sur le continent africain.

Enfin, les nouvelles stratégies qui s’imposent aux opérateurs de télécommunications du fait des forts taux de pénétration déjà atteints, de la concurrence accrue et du ralentissement de la croissance de leur activité classique basée sur la voix se traduisent par des offres packagées qui comprennent le plus souvent des Smartphones dernière génération, devenus des supports intournables pour la délivrance des services aux clients.

Last but not least, l’avènement des OTT (Over The Top) comme Viber, Immo, Whatsup, Skype etc., dont l’utilisation est gratuite, contribue fortement à réduire le potentiel de valeur ajoutée sur les appels internationaux.

Les services associés au  téléphone mobile deviennent donc un relai idéal de croissance en Afrique.

Qu’est ce que le Mobile Banking ?

Parmi les services bancaires traditionnels figure la mise à disposition du client, par la banque, et en temps voulu, des informations relatives à son compte. Dans un contexte économique de plus en plus dynamique et face à une clientèle de plus en plus exigeante. Les banques devaient trouver le moyen le plus rapide pour faire parvenir ces informations à leurs clients. Elles proposent l’accès Web sécurisé, puis le Mobile Banking tenant compte de la mobilité de plus en plus accentuée des personnes. Il s’agit de permettre au détenteur du compte l’accès à l’interface d’informations bancaires où il peut consulter l’ensemble des informations qui le concernent. Son utilisation est exclusivement informationnelle et ne permet aucune transaction, cependant elle permet la notification de toutes les opérations classiques effectuées à travers le compte.

Qu’est ce que le Mobile Money ?

Il peut découler de l’association de son compte ou de sa carte bancaire à son profil téléphonique ou être une monnaie électronique stockée sur un téléphone. S’appuyant sur la masse de monnaie fiduciaire émise par la Banque Centrale d’un pays, la monnaie électronique est une créance sur l’Etablissement Emetteur qui est stockée sous une forme électronique émise sans délais contre la remise d’un montant qui n’est pas inférieur à la valeur monétaire émise  et acceptée comme moyen de paiement.

Le mobile money, c’est  en somme un portefeuille électronique qui est rattaché à un numéro de téléphone. Il faut s’inscrire au niveau d’un point de vente d’un opérateur téléphonique, alimenter son compte et après, il est possible de faire un certain nombre de transactions (transfert d’argent, paiement de diverses factures)..

Le Mobile Money favorise le paiement par mobile (M-Payment) c’est-à-dire les paiements supportés par les technologies mobiles  et qui désignent toutes les transactions effectuées depuis un appareil mobile et débitées soit sur une carte bancaire, soit sur la facture d’un opérateur ou sur un porte-monnaie électronique, qui peut être alimenté avec un dépôt de cash auprès d’un agent ou d’un commerçant. On distingue trois catégories de paiement par mobile: les paiements à distance (comme le paiement mobile sur les sites de commerce électronique par exemple), les paiements de proximité devant une borne, et les paiements directs à une personne morale ou physique affiliée au même système.

Qu’est ce que le Mobile Transfer ?

C’est le transfert d’argent utilisant les technologies mobiles. Il s’effectue par notification SMS entre l’envoyeur et le bénéficiaire et s’appuie sur un réseau physique de retrait et de dépôt. Il constitue également un service dérivé des Emetteurs de monnaie électronique dont les membres affiliés peuvent se transférer directement des montants relatives à la valeur monétaire dont ils sont détenteurs ; les transferts d’argent de mobile à mobile.

Problématique du Mobile Banking

L’information bancaire demeure d’une grande sensibilité du fait de sa nature confidentielle. Sa manipulation devrait être couverte de toutes les garanties de protection et de sécurité. Pendant longtemps les SIB ont jouit d’une bonne étanchéité et protégés de toute infiltration. Aujourd’hui nous assistons à leur ouverture à travers  leur interfaçage avec d’autres plateformes et serveurs en dehors de l’environnement bancaire notamment à celui des télécoms. A ce niveau se pose plusieurs problématiques: de compatibilités juridiques liées à l’objet social des acteurs; de sécurité quant à la protection des données personnelles; de contrôle de l’information liée à la sécurité intérieure du fait de la localisation des serveurs qui traitent les données. A ces problématiques, il convient d’ajouter les risques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme du fait de l’l’universalisation de ces types de services ; de souveraineté en somme.

Devrons-nous permettre que l’information bancaire tombe dans le domaine des télécoms?  Si non, pourquoi? Pour éviter de faire face à tous ces problèmes sus-listés.  Si oui, comment? En s’appropriant toute la démarche juridique et technique de mise en place des schémas de traitement des informations afin que le contrôle et la protection des informations puissent être effectifs. Ainsi les banques centrales des Etats membres pourront maîtriser l’information ce qui facilitera  la régulation et la génération de statistiques fiables et d’outils d’aide à la décision.

Problématique du Mobile Money

Les transactions financières ont toujours été traitées selon un schéma classique à travers le circuit bancaire avec comme finalité de tomber sous le contrôle des Banques Centrales. Aujourd’hui l’avènement des nouvelles technologies favorise l’entrée en compte de nouveaux canaux et socles de traitement des transactions.  Avec les évolutions notées et l’avènement des technologies, nous assistons à des mutations de ces schémas classiques. Il semble apparaître une dislocation dans la synchronisation du système. L’adoption par les banques de nouvelles technologies pour la promotion de  leurs services semble  les avoir inscrites dans un monde techniquement plus évolué que leur tutelle. La liberté de promotion de leurs services n’a pas été adjointe à l’injonction de conformité qui sied à temps.  Cela n’est pas sans conséquences. Tout cela interpelle les administrations des pays Africains qui doivent apporter des réponses à  différents questionnements.  Est-ce que les opérateurs de téléphonie et autres sociétés émettrices de monnaie électronique doivent ou peuvent se substituer aux réseaux bancaires traditionnels? Comment sont gérés les flux financiers à travers les réseaux mobiles? Quelle forme de règlementation est applicable à ces services ? Quelles sont les revenus générés pour les pays ? Où est-ce que toutes ces données sont gérées ? De quel type de protection bénéficient les usagers de ces services ? Et enfin, quelles solutions à cette situation???

Problématique du Mobile Transfer

Le Mobile Transfer étant un service dérivé du Mobile Money, sa problématique est liée à celle de ce dernier. Un état des lieux permet de constater que nous sommes face à trois secteurs différents du fait de leurs objets sociaux qui déterminent  et cloisonnent leurs activités Il s’agit: du secteur bancaire, du secteur des télécoms et du secteur des services financiers.

De prime abord, chacun de ces secteurs est régis par une réglementation juridique spécifique, chacun exploite un service différent et chacun dépend d’un régulateur différent.

On note également la naissance de nouveaux services Mobiles. Traditionnellement, les télécoms constituaient un soutien technologique à tout type d’activité économique aspirant à se moderniser. Ce rôle a entrainé la naissance de nouveaux services fortement greffés aux technologies mobiles.  Ces services trouvent leurs souches sur des secteurs différents mais développent une dépendance organique vis-à-vis des télécoms. Forts de cet aspect, certains opérateurs sont allés jusqu’à créer leur propre Etablissement de Monnaie Electronique (EME),  se substituant aux acteurs génétiquement financiers que sont  les banques.

Quelles sont les conséquences ?

La première conséquence qui en découle, c’est la convoitise des opérateurs télécoms quant à la valeur ajoutée liée à ces services. Ils ont commencé à se les approprier, faisant valoir leur suprématie technologique et la préemption qu’ils ont sur le téléphone mobile.

Ainsi, tout comme les télé-centres et le téléphone fixe ont été rayés de la carte économique par l’avènement des téléphones cellulaires, les services mobiles risquent de faire disparaitre les services bancaires traditionnels aux particuliers en se retrouvant exclusivement entre les mains des opérateurs télécoms.

On note par ailleurs, une exploitation abusée des services télécoms par des opérateurs de services financiers d’un genre nouveau, qui exploitent la possibilité de notification SMS pour jouer le rôle d’intermédiaires financiers menant une concurrence déloyale aux prestataires de services financiers classiques. Il faut noter que cela favorise l’occultement de toutes les opérations relatives à cette activité aux systèmes classiques de contrôle.

Enfin, la tendance de ces nouveaux operateurs de services financiers comme Orange Money à créer de toute pièce leurs propres points de services,  porte en soi les germes d’un potentiel conflit sur le partage des marges bénéficiaires engrangées sur les opérations avec leurs distributeurs traditionnels partenaires (boutiques ou kiosques de dépôts, de paiement de factures et de retrait). Cette tendance est observée actuellement dans des pays comme le Sénégal dans les relations de partenariat entre Orange Money et ces boutiques et autres commerçants. Comme l’appétit vient en mangeant, le risque est grand pour ces boutiques de quartiers qui n’en restent pas moins de petites entreprises, de voir les commissions qui leur sont rétrocédées par Orange Money baisser considérablement, voire de devoir fermer boutique après avoir rendu  de loyaux services pendant des années aux operateurs de télécoms devenus des operateurs de services financiers ayant fini de mettre en place des réseaux de distribution sous leurs propres bannières.

Préconisations urgentes 

Au regard de toutes ces conséquences, il urge de redéfinir de façon transparente, l’étanchéité des champs d’actions économiques de chaque acteur et d’amener les différents  acteurs  à se conformer  à la réglementation de leurs différents métiers.  De même, la définition du cadre juridique de leur interactivité  et la mise en place d’un cadre technique contrôlable sont devenues des impératifs. A cet égard,  l’implantation ces dernières années sur le Continent de grands Calculateurs pour une gestion sécurisée des données des clients doit se poursuivre mais sous l’œil protecteur et bienveillant des Etats et régulateurs.




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