À la découverte des « entrepreneurs à l’essai » de la CEPEM de Dakar

Ils sont jeunes majoritairement, des hommes et des femmes, diplômés ou simples artisans, déjà chefs d’entreprises pour certains, des porteurs de projets de création d’entreprise pour d’autres. On les appelle « entrepreneurs à l’essai » à la couveuse d’entreprise de la ville de Dakar, la CEPEM.  Le sentiment d’appartenance à la CEPEM et  de privilégiés de la première promotion,  est le mieux partagé au sein de la première cohorte « d’entrepreneurs à l’essai » au nombre de 40.  Aujourd’hui, grâce à la couveuse, ils sont devenus des entrepreneurs aguerris, de véritables patrons d’entreprises !

Préparé par Bacary SEYDI et El Habib SY

La créativité dans l’âme !

 Diplômée en marketing et management, Alimatou n’en reste pas moins une styliste dans l’âme. Très tôt, elle s’est intéressée à la mode et au stylisme au point qu’elle s’érigea en conseillère privilégiée pour ses amies chaque fois qu’elles devaient aller chez le couturier.  Elle a deux atouts essentiels : la passion pour la mode africaine et cette espèce de don naturel dont elle est parfaitement consciente : du talent.

Nous l’avons trouvée en train de préparer le lancement de sa 1ere collection de tenues africaines après son passage à la couveuse. Alimatou a un défi personnel à relever en tant qu’entrepreneur et styliste ; c’est de promouvoir la mode africaine et avec comme matériau de base, le Waax.  Elle lorgne déjà le marché européen et  a fait de la recherche de partenaires à l’international pour l’exportation de ses produits,  son cheval de bataille.

Comme pour beaucoup de ses collègues dont la candidature a été retenue pour faire partie des premiers entrepreneurs à l’essai de la CEPEM, Alimatou s’était inscrite en ligne sans trop y croire. Elle avoue avoir même oublié s’être inscrite quand un jour on l’appelait pour l’informer qu’elle faisait partie des porteurs de projets présélectionnés. Aujourd’hui, la couveuse est devenue sa seconde famille. Ce qu’elle apprécie le plus en plus des formations reçues en entreprenariat, du financement et de l’accompagnement des conseillers référents, c’est surtout l’écoute et l’attention de l’équipe de la couveuse, à commencer par la Directrice du FODEM qui a maintenu le contact avec elle jusqu’à ce jour et promis de l’accompagner davantage encore. Aujourd’hui son souhait, c’est de voir  la CEPEM augmenter le nombre de porteurs pour permettre au plus grand nombre de jeunes  et femmes entrepreneurs de bénéficier de ses services.

Tamsir Mamadou Dème,
Directeur de SOS Menuiserie Mobile

« Devenir comme  feu Aliou Sow le Magnât des BTP »

S’il y a un entrepreneur sénégalais qui fascine Dème et pour qui il éprouve admiration et respect, c’est bien Aliou Sow, le défunt entrepreneur hors pair du secteur des BTP du Sénégal et de la sous région, fondateur de la Compagnie Sahélienne d’Entreprise (CSE). C’est son idole et il rêve de devenir comme lui.  L’homme ne le fascine pas seulement pour son succès dans les affaires mais également,  pour son humanisme et ses actions dans le social. Dans la tète du jeune entrepreneur, cela doit être agréable de réussir dans les affaires et d’être utile à la société en faisant don de mosquées, de cases de santé, ou d’écoles.

Son histoire entrepreneuriale démarre le jour où il a fait sien l’adage Wolof qui dit qu’un talibé qui a bien assimilé la leçon de son maitre, doit prétendre ouvrir son école. L’appât de l’argent a décidé du reste. Il est rentré dans la couveuse avec juste une idée de créer une entreprise qui lui permet de valoriser son savoir faire. Il restait à trouver le bon concept, et à bien choisir les services à offrir, les moyens nécessaires, et aller à  la conquête du marché. La couveuse a fait de lui un homme qui pense maintenant entreprise et qui agit en chef d’entreprise. Nous l’avons trouvé en train d’exécuter un marché pour une station d’essence. La CEPEM lui a donné les outils de gestion qui lui manquaient, lui qui avait très tôt abandonné ses études pour l’apprentissage d’un métier en l’occurrence la menuiserie. Après un passage formateur à  la Boiserie khadimou Rassoul comme apprenti menuisier, et salarié par la suite et ayant participé dans l’exécution de plusieurs marchés, Mr Dème s’est dit que le moment est venu pour s’installer à  son compte, conforté dans cette idée par un ami. C’est pourquoi quand il a eu vent de l’appel à candidature, il a sauté sur l’occasion sans hésiter pour présenter son projet de création d’une entreprise de services à domicile dans le domaine de la menuiserie.  La CEPEM lui a donné l’occasion et l’opportunité de devenir un vrai chef d’entreprise  à la tète d’une entreprise formalisée, en règle avec les institutions de sécurité sociale et l’administration fiscale,  et  qui fait travailler plusieurs jeunes ouvriers dont le nombre dépend de la taille des marchés qu’il exécute sous la bannière de son label novateur de « SOS Menuiserie  Mobile » ! Monsieur Dème ne cesse de remercier l’équipe de la couveuse. « Ils m’ont permis d’avoir une vision claire, pour un jeune entrepreneur comme moi sans formation professionnelle initiale »

D’un projet titanesque d’Agrobusiness à un Atelier de Pressing

La maîtrise en sociologie en main et quelques expériences professionnelles acquises ca et là auprès de grands projets comme le MCA ou encore le Projet USAID CLUSA, Nogaye Gueye avait une idée de projet d’agrobusiness en entrant dans la couveuse. Le seul hic, un tel projet bien que rentable, demandait beaucoup d’argent et une formation technique supplémentaire ; d’où l’idée d’avoir un projet complémentaire en l’occurrence, un atelier de pressing.

C’est ainsi que Nogaye a du ravaler son ambition titanesque de développer une agriculture moderne, tournée vers l’exportation pour un projet complémentaire plus modeste d’atelier de Pressing. Il est vrai que tout un monde sépare ces deux domaines d’activités.  Mais Nogaye  n’en a cure. Elle veut être une femme autonome financièrement et ne plus dépendre de contrats de travail occasionnels qui, quand ils arrivent à terme, vous renvoient à nouveau au chômage et vers un eternel recommencement. Comme elle n’est pas du genre à faire les choses comme tout le monde, Nogaye Gueye  ajoute à  sa nouvelle activité, le pressing, d’autres activités connexes comme la vente de linge de maison et d’articles de décoration intérieure de maison, pour se différencier un peu des autres blanchisseries concurrentes. Un service de transfert d’argent est incorporé dans son business pour répondre à un besoin insuffisamment satisfait dans la zone d’implantation de son atelier. Nogaye a pris goût à l’entreprenariat à travers son expérience d’accompagnement de femmes à s’organiser en GIE dans le Wallo, et comme apporteuse d’affaires pour son grand frère qui était déjà dans les affaires.

Son contact avec la couveuse est venu d’une cousine qui lui a donné l’information sur un appel à candidature lancé par le FODEM pour sélectionner des candidats tentés par l’entreprenariat. C’est ainsi qu’elle s’est renseignée et s’est décidée à s’inscrire pour présenter son projet d’agrobusiness. Aujourd’hui, Nogaye Gueye ne regrette point d’avoir intégré la couveuse. « Les conseillers référents de la couveuse m’ont aidé à retravailler le projet et d’avoir un business plan bancable », selon ses dires. Elle apprécie à  sa juste valeur l’apport de la couveuse : « La couveuse m’a permis de me former en entreprenariat, dans le management, le marketing, la gestion comptable et le développement personnel ».

Abdoulaye Ndiathie
Directeur de Savonnerie NASAFA

« Devenir un capitaine d’industrie ! »

En dépit d’un Bac +3 en comptabilité, finance, et une expérience professionnelle  dans le secteur bancaire et portuaire, Abdoulaye Ndiathie a tout laissé pour suivre son destin : celui d’être un entrepreneur.

Tout est parti de la fin d’un contrat qui n’a pas  été renouvelé. M. Ndiathie qui en avait marre de cette situation a démissionné  moralement et il s’est dit qu’il est temps de suivre sa voie. Mettant en évidence certaines notions qu’il avait acquises à l’école, Abdoulaye Ndiathie va se lancer dans la fabrication du savon javel et autres produits dérivés. Certes, cela n’a pas été de tout repos, surtout quand  on ne dispose pas de capital conséquent pour donner une certaine ampleur à ses activités. Ainsi, le Label NASAFA était né en 2013. Informel au début,  M. Ndiathie le promoteur va se formaliser deux ans plus tard en 2015.  Par pur hasard, il a eu écho à travers les ondes de la radio d’un appel à  candidature de la CEPEM. Sans hésiter, il postule et en fin de compte, se retrouve parmi les entrepreneurs  à  l’essai retenus.

Abdoulaye ne tarit pas d’éloges sur le modèle de la couveuse municipale qui, selon lui est un modèle atypique, assez original. Aujourd’hui, il se sent bien outillé pour aller à la conquête du marché international. Son rêve le plus ardent : « devenir un capitaine d’industrie »!

Une Entrepreneure avant l’heure!         

Entrepreneure majeure et vaccinée, Marietou Gueye dégage une précocité extraordinaire dans sa connaissance du monde des affaires dans toute sa complexité et des moyens pour tirer son épingle du jeu dans cette jungle. A son âge, la trentaine, elle fait montre également d’une connaissance technique impressionnante de son domaine d’activité, le conseil aux entreprises (avec une focalisation sur la  gestion de projet, la démarche qualité, et la GRH), et d’une agilité professionnelle extraordinaire. Ces deux qualités professionnelles essentielles dans un monde des affaires en pleine mutation, lui permettent de surfer avec aisance sur plusieurs registres.  On a envie de lui demander qu’est ce qu’elle peut bien aller chercher finalement à la CEPEM avec autant de bagages dans sa besace? L’intéressée en donne elle-même  les raisons. «  Je suis entrée  dans la couveuse comme un entrepreneur qui cherche des partenaires, et vient optimiser son carnet d’adresse. Tout ce que je veux c’est de faire des jeunes entrepreneurs couvés  mes clients.». Mais ce qui motivait aussi Marietou, c’était de montrer à travers son entreprise Cap Qualité, ce dont elle est capable de faire.  L’histoire lui a finalement donné raison puisqu’elle a fini par devenir un partenaire sous traitant du Cabinet de Monsieur Alassane Lo, l’un des meilleurs experts en matière de création d’entreprise au Sénégal, et un prestataire de service de la CEPEM, de l’ADEPME, de l’ANPEJ pour ne citer que celles-là. Son premier marché, c’est la Mairie de Derkheulé dirigée par le Maire Cheikh Gueye qui lui a fait confiance, en lui confiant l’accompagnement d’une cinquantaine de GIE de Femmes à se formaliser. Une porte d’entrée pour elle auprès de ces femmes pour offrir d’autres services.

En entrant dans la couveuse Marietou avait déjà la fibre entrepreneuriale dans ses veines. « J’ai été éduquée dans le sens de l’entreprenariat avec un père businessman à qui j’apportais mon aide et  une maman gérante de fast-food, que j’assistais également en m’occupant de la gestion et de la vente ».  Mais elle en est sortie avec ce qui représente pour elle la chose la plus importante dans le métier qu’elle a choisi, « l’optimisation de la confiance » qu’elle éprouvait pour avoir côtoyé des consultants de renoms.  Surtout que ses débuts dans la consultance étaient difficiles malgré ses nombreux diplômes (Master en management des Ressources humaines, Master en Management de la qualité et projet…) et expériences professionnelles en entreprise et dans les cabinets (SENELEC, ABA Consulting, Cabinet de Pape Maguette Leity Diop). « On ne me prenait pas au sérieux au début. Les entreprises avaient plus confiance à ceux qui sont experts ou aux Cabinets européens ». Mais Marietou est convaincue qu’avec le talent et la passion, on finit par percer et atteindre ses objectifs. «  Avec le talent et la passion, tout se passe bien ». La preuve, Marietou s’investit dans l’entreprenariat social en accompagnant gratuitement des jeunes entrepreneurs qu’elle a elle-même regroupés au sein d’une structure dénommée AJEE (Association des Jeunes Entrepreneurs Emergents du Sénégal). En retour,  elle y gagne respect, reconnaissance, et certainement de futurs clients de son Cabinet ! Il faut être talentueux pour faire ca !

La CEPEM de Dakar : un formidable instrument de génération d’entrepreneurs aguerris !

La Couveuse d’entreprise pour la Promotion de l’emploi par la Mirco Entreprise (CEPEM) de  la ville de Dakar est partie pour dépasser toutes les attentes placées en elle par ses promoteurs, si l’on en juge par les premiers résultats engrangés au profit des jeunes et femmes bénéficiaires de ses services,  et par  l’attrait suscité par son  modèle par delà-même les frontières du Sénégal.

Par Bacary SEYDI

Photo : Mourade Dieye GUEYE President de la CEPEM

 Pour faire face au chômage galopant des jeunes et lutter efficacement contre la pauvreté urbaine dont les femmes sont les principales victimes,  la ville de Dakar a créé une plateforme d’initiative locale dédiée à la création d’entreprise. Après la sortie réussie d’une première cohorte de 40 entrepreneurs, les dirigeants de la CEPEM avec à leur tète, monsieur Mourade Dieye Gueye son président, Secrétaire général de la ville de Dakar par ailleurs, sont à pieds d’œuvre pour le lancement d’une deuxième promotion « d’entrepreneurs à l’essai ». Cette expérience prometteuse de la Ville de Dakar n’en finit pas de surprendre ses concepteurs et de cristalliser toutes les attentions. Récemment, les autorités dirigeantes de la CEPEM ont reçu la visite du Ministre des PME de la République du Congo  qui est venu s’abreuver à l’école dakaroise d’accompagnement des initiatives entrepreneuriales des jeunes et des femmes.

Revenant sur le bien fondé de la mise en place de la CEPEM, lors d’un entretien avec la rédaction, le président de la couveuse Monsieur Mourade Dieye Gueye  explique que « la Couveuse a été initiée par le  Maire Khalifa Ababacar Sall qui l’a portée en bandoulière comme projet, pour répondre essentiellement  à une problématique : l’employabilité des jeunes et des femmes». Sa concrétisation a été rendue possible grâce au soutien de la ville de Marseille et de l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF).

 Dakar étant une ville métropole, une ville capitale en pleine croissance, qui fait face à beaucoup de problématiques urbaines : encombrement, sécurité urbaine, pauvreté, besoin d’inclusion sociale, l’aspect développement économique et social constitue un des éléments importants de la politique globale de la Mairie de Dakar pour répondre aux besoins des populations. « Il fallait trouver des solutions innovantes pour faire face au problème de l’emploi des jeunes, et amener quelque chose de nouveau » explique monsieur Mourade Dieye Gueye, le président de la CEPEM. Et de poursuivre, « Il existait sur la place des modèles de financement de l’entreprenariat, des modèles de création d’entreprises etc, qui ma foi, n’ont pas tous connu le succès escompté : opérations maitrisards, opérations boulangeries, et d’autres programmes de financement de l’entreprenariat… ».

Pour le président de la CEPEM, il s’agissait pour la Ville de Dakar d’amener une touche nouvelle à coté des instruments classiques d’inclusion sociale de la Mairie, et  de financement des jeunes et des femmes tels que :  le Fonds de Développement et de Solidarité Municipal (FODEM), le programme PAPSEF, les programmes de secours aux indigents, le programme des jeunes volontaires de la Ville de Dakar pour la sécurité urbaine, les programmes à haute intensité de main d’œuvre (HIMO) comme le pavage, le  programme de recasement des ambulants, qui sont tous des programmes socio-économiques d’inclusion sociale et de création d’emplois, et de façon générale, des programmes de développement économique et social. Ces programmes commençaient à montrer des limites, et il fallait innover. « Avec des experts, on avait identifié les tares des ’entreprises sénégalaises et des modèles de financement qui existaient. On finançait des gens sans fibre entrepreneuriale, sans préparation entrepreneuriale et sans culture entrepreneuriale. Autrement dit, on finançait alors que les préalables n’étaient pas réunis. Au bout du compte, les résultats ont été plutôt décevants,  avec un fort taux de mortalité des entreprises nouvellement créées (65% des nouvelles créations meurent les deux premières années. ». Parallèlement, la ville de Dakar connait un taux de chômage très élevé de 14,9% de la population en âge de travailler dont 9,7% chez les hommes, et 24, 1 % chez les femmes (ANSD, 2013).  Voilà autant de raisons qui ont amenées les autorités de la ville à vouloir sortir des sentiers battus en matière d’accompagnement des initiatives entrepreneuriales des femmes et jeunes dakarois,  à travers un modèle de couveuse d’entreprise très innovant. « Nous sommes partis des limites constatées des initiatives de prise en charge  de  la problématique de  création d’opportunités économiques pour les populations et d’accompagnement des porteurs de projets de création d’entreprise, pour mettre en place un modèle de solution plus adapté à notre contexte local et qui correspond à  ce que nous nous voulons faire»,  explique le président de la CEPEM.

L’originalité du modèle de la CEPEM

La première innovation vient du fait que la CEPEM est la 1ere plateforme locale de création et de promotion de la micro entreprise, portée par une collectivité territoriale au Sénégal.La deuxième innovation tient au  mode d’intervention éco-systémique et multi acteurs qui réunit autour d’une même plateforme l’AIMF, la Ville de Marseille, la Ville de Dakar, la Chambre de commerce et d’industrie de Dakar (CCIAD), des partenaires techniques spécialisés dans l’encadrement des chefs d’’etreprises comme ENABLIS,  l’école de formation en entreprenariat de Ibrahima Theo Lam, et des partenaires financiers comme la Banque islamique du Sénégal, UBA, GROFIN etc.

 La démarche d’intervention de la CEPEM est tout aussi originale. Elle  privilégie l’accompagnement, la formation et l’apprentissage. Alors que les modèles classiques mettaient l’accent sur le financement de projets sans une préparation préalable du porteur,  la CEPEM se démarque dans sa démarche par une intervention à trois niveaux : l’accompagnement-anté du créateur d’entreprise, c’est-à-dire le pré-accompagnèrent du porteur de projet de création d’entreprise, l’accompagnement pendant, et l’accompagnement et le suivi post création. C’est un modèle qui se positionne bien en amont de la création d’entreprise et qui intègre le suivi post création. Selon le Président de la CEPEM, le diagnostic des modèles préexistants a montré que l’absence de préparation du porteur de projet de création d’entreprise est une  des tares des systèmes classiques.  A la différence des autres modèles, le porteur de projet couvé  est mis dans une situation d’apprentissage et d’exercice réel du métier d’entrepreneur. « Nous prenons les jeunes, et nous les intégrons dans un dispositif d’accompagnement complet qui permet la création d’entreprises viables.  Nous mettons le créateur dans une situation réelle d’apprentissage et d’essai en mettant  l’accent sur l’éveil de la fibre entrepreneuriale chez le porteur et le développement de l’esprit d’entreprise. Nous le faisons vivre la réalité de l’entreprenariat à travers une palette de services : un espace de coworking, un bureau, un téléphone, un secrétariat, un salon pour recevoir des partenaires clients et autres visiteurs… ». Mais le président de la CEPEM Mourade Gueye s’empresse de préciser que la couveuse n’est pas un incubateur encore moins une structure de financement. Une précision de taille à l’intention de ceux qui pourraient penser que le montant de financement octroyé aux entrepreneurs couvés est dérisoire  (1000 000 FCFA par porteur de projet).

Une autre originalité réside dans le mode de  sélection des porteurs de projets, tout à fait transparent et ouvert (appel  à candidature en ligne, présélection, sélection par un jury qui fait office de comité d’agrément). Sur un contingent de 700 porteurs, 387 ont été présélectionnés sur lesquels,  40 ont été retenus. La plateforme est conçue pour accompagner les jeunes porteurs de projets d’entreprise quelque soit leur niveau de formation et l’état d’avancement de leurs projets (idée de projet, projet déjà ficelé, entreprise formelle en activité…).  Ce qui compte aux yeux des dirigeants de la CEPEM, c’est la volonté  d’entreprendre du porteur et sa détermination à réussir dans l’entreprenariat. « Il faut que les jeunes soient des jeunes porteurs de projets de création d’entreprises viables, qu’ils aient la volonté et l’envie d’apprendre à  entreprendre, qu’ils osent entreprendre ». D’où le crédo de la CEPEM ; «  apprendre à entreprendre avec la ville de Dakar, et  oser entreprendre ».

Des résultats probants ont déjà été enregistrés au nombre desquels, on peut noter que les couvés se sont appropriés des qualités d’un véritable chef d’entreprise. « L’entreprenariat, c’est de l’endurance et de  la persévérance », analyse  le Président de la CEPEM. « Ce sont ces qualités premières d’un entrepreneur que la CEPEM  a réussies à  inculquer aux jeunes ».  Les jeunes sortant de la 1ere promotion semblent avoir assimilé ces qualités et en ont fait leur ligne de conduite quotidienne.  «  On a réussi à garder les jeunes pendant 16 mois sans qu’ils n’aient reçu 1 seul franc de financement. Il fallait du tempérament pour le faire. C’est déjà un résultat important pour nous parce qu’Il faut vraiment que les jeunes aient de la volonté ferme de réussir dans l’entreprenariat, et du tempérament ». Pour le Président de la CEPEM, «  c’est le facteur déterminant du succès, l’engagement à réussir et à être entrepreneur ; celui qui hésite à rester ou à aller chercher un travail ailleurs n’a pas sa place dans la couveuse ».  

La proximité est une touche importante. Un couvé  dit qu’il appelle jusque tard le soir son conseiller référent nous informe le Président. Cette proximité entre l’entrepreneur et son conseiller référent est un résultat à capitaliser.

Un autre résultat probant, c’est les nombreux partenariats qui sont soit signés soit en passe de l’être. Les dirigeants de la couveuse ont déjà réussi à mettre en place un partenariat tripartite avec des institutions bancaires de la place. « On met sur le marché un jeune encadré, formé, on les met en face d’une institution financière qui est par essence une institution de financement.  On ne dit pas à  l’institution financière, venez  prendre et financer ! On dit à  l’Institution financière,  venez, on travaille ensemble et on sécurise ce qu’on a fait sur la personne qu’on a préparée, et on sécurise ce que vous, vous allez faire sur la personne qu’on a préparée ».  Il s’agit de convention à trois qui permet aujourd’hui à un jeune entrepreneur couvé par la CEPEM d’aller cogner à la porte de l’institution financière partenaire pour obtenir un financement lié à une « sorte de garantie » de la couveuse. Les financements qui sont donnés aux jeunes sont logés dans les comptes de l’institution. Tout ce qui se fait comme activité de l’entreprise est suivi par la banque et par la CEPEM. Tout ce qui se fait comme décaissement est  validé par le président de la CEPEM, la directrice du FODEM, la conseillère technique principale de la CEPEM et ensuite validé par la banque.  Et le président de se féliciter d’avoir mis entre les mains de la banque une « pépinière réelle d’où peuvent émerger peut être de futurs capitaines d’industries ! ». Pour une œuvre pionnière de la ville de Dakar qui visait à accompagner des entrepreneurs à l’essai, la CEPEM s’est révélée être un formidable instrument de  génération d’entrepreneurs aguerris.Un entrepreneur dynamique avec des perspectives et un potentiel se dit «  je vais m’appuyer sur ce que j’ai reçu de technique de  la CEPEM en encadrement, et  ce que j’ai reçu de financier de la CEPEM qui est le 1er élément pouvant servir de mise de fonds ou de levier, pour aller valablement solliciter un financement auprès des banques. ».

A l’actif du bilan de la CEPEM, il convient d’inscrire également les premières opportunités pour l’entrepreneur qui naissent  au sein même de  la couveuse à travers « la création d’un système de réseautage qui leur permet de s’auto influencer, un réseau de solutions à leurs problèmes, le premier réseau de cofinancement ».  Un entrepreneur couvé peut demander à un autre de lui prêter de l’argent pour telle ou telle urgence : «  tu n’as pas 100 000 balles à me prêter  pour que je puisse livrer tel ou tel client. ». Trois choses lient ces jeunes : ils ont un fort sentiment d’appartenance à la CEPEM,  un sentiment de redevabilité à la ville avec cette claire conscience de faire partie des gens qui ont été sélectionnés objectivement, sans bras long, sans coloration politique, religieuse ou ethnique aucune,  et la responsabilité qu’ils ont de crédibiliser le modèle.

Photo : espace de co-working de la CEPEM

Au vu de tous ces résultats engrangés, la question de la pérennisation de l’instrument et du passage à l’échelle dans la prise en charge est loin d’être saugrenue. La Couveuse survivra-t-elle au retrait des partenaires stratégiques actuels, pourra-t-elle  trouver les ressources nécessaires  à sa   pérennisation ? Existe-t-il une stratégie de duplication du modèle qui a fini de faire ses preuves ?

Pour répondre à ces interrogations, le président de la couveuse Mr. Gueye s’est montré confiant et très déterminé à ne pas s’arrêter en si bon chemin. Il n’entend cependant pas  bruler les étapes.  « Nous disons que nous avons obtenu des résultats concrets à consolider. Il va falloir théoriser un peu plus le modèle avant de le dupliquer  dans les autres villes. Nous avons déjà l’idée de duplication du modèle via les communes avec qui nous partageons  le besoin de résorber le chômage par la création de micros et petites entreprises. ». Pour l’heure, l’urgence pour les responsables de la CEPEM, c’est  deconsolider les acquis à  travers l’exercice complet du model d’accompagnement avant, pendant et après du porteur de création d’entreprise et de s’appuyer sur ces acquis  pour conceptualiser la 2nde phase. Toutefois, les réflexions sont engagées par l’équipe de la couveuse pour cette 2eme phase. Monsieur Gueye qui lève un coin du voile, indique que l’accent sera mis pendant la deuxième phase sur la  spécialisation par secteur d’activités pour sortir des modèles classiques et prendre en compte les métiers en vogue de l’économie verte, de l’environnement, de l’économie numérique, des biotechnologies, de l’agroalimentaire entre autres. « Ce nouveau modèle va être bâti autour  du triptyque spécialisation, formation, financement avec des structures d’encadrement spécialisées comme nous avons commencé à le faire avec l’ITA », précise le président Mourade Dieye Gueye.

En attendant tout cela,  le  plus grand challenge des responsables de la CEPEM, c’est l’autonomisation financière de l’outil, gage de sa pérennisation. « Pour que la couveuse soit là dans cinq ans pour accompagner les jeunes et femmes porteurs de projets de création d’entreprise, Il faut que nos entrepreneurs à l’essai puissent nous aider à aiguillonner des pistes de financement. Et ce, avec un bon niveau de remboursement des montants qui leur sont remis », souligne le président de la CEPEM.

Les promoteurs que nous avons rencontrés ont conscience de ce devoir de solidarité et de la confiance placée en eux par la Ville. Ils sont conscients qu’ils doivent aider les autres qui attendent et devenir leurs mentors. Cela est un élément de durabilité.

La création d’un fonds revolving qui servira à financer d’autres porteurs est prévue par les responsables de la couveuse. Ces derniers sont déterminés à explorer toutes les pistes en matière de mobilisation de ressources. « Rien ne nous empêchera d’aller chercher des fonds et développer l’échelle de notre intervention. Nous venons de  signer une convention de partenariat avec l’école entrepreneuriale de Québec, dans le cadre de la convention de partenariat qui existe entre la ville de Dakar et la  ville de Montréal », renseigne le président de la CEPEM.  « Ce partenariat comprend trois volets : la formation du personnel de la couveuse, la formation des entrepreneurs, et un volet financier.». 

Alors plein succès à cette belle initiative de la Ville de Dakar ! Madame le Maire de la Ville de Dakar, Soham El Wardini pourra  à coup sûr compter sur le leadership et le génie des dirigeants actuels de la CEPEM, pour amener l’instrument vers des partenariats structurés et plus d’ouverture, inscrire ses interventions dans la pérennité et étendre leur portée !

Interview de Madame Aminata Diop SAMB, Directrice du FODEM

Madame SAMB née Aminata Diop est une juriste de formation qui gère avec ses collaborateurs le  Fonds de développement  et de solidarité municipal (FODEM), un démembrement de la ville de Dakar. Sa grande expérience dans ce secteur est un atout non négligeable dans la gestion de la solidarité municipale. Pour ce présent « Dossier spécial »  dédié à la couveuse  d’entreprise de la ville de Dakar,  elle a  accepté de se soumettre à nos questions.

 Propos recueillis par EL Habib SY

« La formation des promoteurs de projet est une nécessité pour l’atteinte des objectifs »

Madame la Directrice, presentez-vous à nos lecteurs ?

Madame Samb, Aminata Diop, Directrice Générale du Fonds de Développement, juriste d’affaires titulaire d’un Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées (3ème Cycle) en droit bancaire à l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar. J’ai également suivi plusieurs formations certifiantes en microfinance et en droit du Développement à l’IDLO (Organisation Internationale de Droit du Développement).

Parlez-nous du FODEM et quelques unes de ses réalisations phares ?

La municipalité de Dakar consciente du poids social qui repose sur elle, a créé le Fonds de Développement et de Solidarité Municipal. Le FODEM est une structure de refinancement des Systèmes Financiers Décentralisés (SFD) éligibles aux critères retenus. Elle n’est pas agréée comme banque et finance sa cible à travers les Mutuelles d’Epargne et de crédit qui lui servent de levier financier.

Depuis sa création, le FODEM poursuit sa mission sociale afin d’appuyer cette même cible repartie autour de la zone d’intervention qui couvre le territoire de la ville de Dakar.

Les objectifs sont entre autres : améliorer le niveau de revenus des couches les plus démunies et vulnérables par un accès plus facile aux ressources, assurer un service financier aux entrepreneurs de la municipalité de Dakar et de favoriser la promotion et le développement des activités des secteurs à forte valeur ajoutée.

Pour ce qui est de nos réalisations, on peut parler d’une réalisation phare : la création de la « Couveuse d’Entreprise pour la Promotion de l’Emploi par la Micro entreprise » en abrégé CEPEM.

En effet, au-delà de l’appui apporté aux porteurs de projet dans le financement de leur activités génératrices de revenus à travers les leviers financiers que j’invoquais, nous nous sommes rendus compte que parmi les limites des promoteurs dans la gestion de leur projet, les spécialistes soulignent le besoin d’amélioration des compétences des ressources humaines ; d’où la nécessité de mettre en place des programmes de formation au profit des employés et des bénéficiaires.

Ayant également fait une analyse plus poussée de la situation au-delà du besoin en formation qui est une réalité, c’est encore plus le besoin en encadrement et accompagnement de ces cibles.

Cela nous a poussés à la création de la CEPEM, en parfaite synergie avec des partenaires techniques et financiers.

Cette structure qui vise à permettre au FODEM d’atteindre ses objectifs et de renforcer ses compétences et capacités, à travers le projet RECCAFCA « Renforcer les Compétences et les Capacités du FODEM en matière de Création d’Activités »,  a été initiée dans le cadre des accords de coopération entre la Ville de Marseille et la Ville de Dakar. Il s’inscrit dans le cadre d’un soutien financier de la Ville de Dakar, de la Ville de Marseille et de l’Association Internationale des Maires et responsables de capitales et métropoles partiellement ou entièrement Francophones (AIMF). Le Président de la CEPEM reviendra en large sur les composantes de la CEPEM.

Quelles sont les principales cibles du FODEM ?

Le FODEM vise les franges vulnérables de la population en les aidant à se structurer et à s’insérer dans le tissu économique. Il s’agit plus particulièrement des femmes et des jeunes.

Quid des  difficultés auxquelles vous êtes confrontées ?

Le problème majeur est d’ordre financier.  Même s’il est vrai que le FODEM reçoit une subvention de la ville de Dakar, les besoins financiers des promoteurs s’accroissent de plus en plus. Le FODEM a enregistré à ce jour beaucoup de demandes des promoteurs et compte sur l’appui des partenaires au développement pour couvrir ces besoins.

Des constats ont aussi été établis, relatifs à l’élaboration de certains documents qui manquent parfois des données permettant de faire une évaluation correcte et fiable, au détournement d’objectif, à la conformité des adresses figurant sur les certificats et le lieu de résidence de certains promoteurs et la non appropriation des projets par des promoteurs obnubilés par l’obtention du financement.

Madame la Directrice, nous savons que le remboursement des crédits est un véritable casse-tête, comment parvenez à transcender cette question ?

Un service juridique et du recouvrement a été mis en place pour s’occuper des aspects liés au remboursement en relation avec la Mutuelle d’Epargne et de Crédit de la Municipalité qui nous sert de levier financier et reçoit directement les remboursements des fonds remis aux promoteurs. Tous les dossiers faisant l’objet d’un recouvrement sont  transférés au niveau de ce service. Il peut s’agir de dossiers des Structures Financières Décentralisées qui ne se sont pas acquittées de leur engagement ou de ceux des promoteurs défaillants.

La procédure de recouvrement repose sur trois choix à savoir :  la gestion de ce volet par le FODEM à travers son service du recouvrement, comme Il peut également – compte tenu de la taille et du volume de ses appuis – extérioriser la fonction recouvrement en ayant recours à des professionnels ou opter pour une voie médiane, c’est-à-dire, gérer une partie du recouvrement, le reste étant dévolu à des professionnels (huissiers, avocats, sociétés de recouvrement).

Quelles sont les perspectives ?

Le FODEM ambitionne de promouvoir l’entreprenariat féminin, de favoriser et valoriser le développement des secteurs liés au maraichage et à l’artisanat, de renforcer les activités liées au suivi et à l’évaluation des projets financés et formés, de mettre en place un dispositif de suivi et de pérennisation des actions entre le FODEM et ses partenaires, de créer des Centrales d’achat et d’unités de production viables, de renforcer le partenariat avec l’Amicale des Employés de la Ville de Dakar (AMEVI) et enfin de développer de nouveaux produits (mutuelle de santé, transfert de crédit, carte électronique).

Votre dernier mot ?

Les autorités locales se sont impliquées dans la création et la gestion du FODEM, c’est l’occasion pour nous de saluer la démarche persévérante et exigeante du Maire sortant de la ville de Dakar, Monsieur Khalifa Ababacar SALL, et l’engagement de l’actuelle Maire Madame Soham El WARDINI.

Ils ont créé les conditions de développement du FODEM en s’appuyant sur une forte mobilisation de l’équipe municipale, qui a permis à cette dernière, de redonner espoir, d’encourager la liberté d’entreprise mais aussi de renforcer les capacités des promoteurs en assurant leur accompagnement et leur encadrement.

Je lance un appel à leur endroit afin qu’elles continuent dans cette dynamique qui participe à renforcer et pérenniser cette structure. Nous encourageons également les communes qui ont des programmes allant dans le sens de promouvoir l’employabilité et la création d’entreprise à s’inspirer,  voire même mettre en place des structures comme le FODEM et la CEPEM.




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