À qui profite la mutation capitalistique exigée des assureurs par la CIMA ? La Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurance (CIMA) force les assureurs d’Afrique à renforcer leurs fonds propres et à mieux choisir leurs risques. Les petits acteurs du secteur et la catégorie des assureurs intermédiaires n’ayant pas la taille critique sont dans un clair-obscur. Par Mathieu Ndiaye Pme africaines


Credit Photo : abidjan.net

A la date du 31 Mai 2019, tous les assureurs de la zone CIMA  devront disposer d’un capital de 3 milliards de francs CFA (4,6 millions d’euros) et sans pouvoir obtenir une nouvelle dérogation. Les compagnies d’assurances africaines de cette zone n’ont  plus que quelques semaines ou jours pour réaliser une mutation capitalistique exigée par la CIMA. Le régulateur non seulement écarte l’idée d’un report de la date limite, mais envisage même dès la première quinzaine du mois de juin des missions de contrôle sur place  pour toutes les entités concernées. De plus, à la mi-juillet, une session extraordinaire de la Commission régionale de contrôle des assurances sera organisée pour identifier les entités non conformes à la réglementation et prendre les sanctions nécessaires. En effet, la reforme a été décidée en 2016  pour faire émerger les groupes ou sociétés d’assurances suffisamment capitalisés et donner ainsi l’occasion à l’ensemble des acteurs du marché de faire valoir leurs qualifications et de poser un étalon en termes de compétences. Ainsi, chaque entité concernée avait l’obligation d’augmenter ses fonds propres de 1 milliard à 3 milliards de F CFA (sous trois ans), puis à 5 milliards avant 2021. À quelle fin ? Au profit de qui ?

Les réponses ne sont pas aussi  évidentes. Dans les deux groupes d’acteurs (grandes compagnies et compagnies de taille intermédiaire), certains sont dans le doute tandis que d’autres guettent les opportunités. Puisque, pour le premier groupe d’acteurs, la réforme est un appel à l’excellence invitant les assureurs africains à aller vers un marché où les engagements seront plus importants et où il faudra être beaucoup plus solide et  se mettre hors de danger en cas de sinistres graves. Tandis que pour le second en quête de financement tous azimut, la reforme pourrait changer leur secteur en profondeur. Mais ce qui est sûr, de deux choses l’une : soit la réglementation impose aux assureurs d’augmenter les fonds propres placés au regard d’investissements jugés particulièrement risqués à l’image de ce que la nouvelle règlementation de Bâle III exige déjà du secteur bancaire, soit  cette reforme les pousse à réduire leurs allocations dans les banques, le capital-investissement, les placements dans des actions cotées en Bourse ou dans les sociétés non-cotées, auquel cas, ils trouveront intérêt d’explorer plus en avant le marché et les risques sur le financement des PME-PMI et les Start up, avec des produits standardisés. Les assureurs africains doivent explorer les risques sur le financement des PME-PMI et les Stuart up. Ils se concentrent trop sur l’assurance des dommages et des particuliers or, ils sont en mesure d’adapter et de standardiser leurs produits pour en faire des instruments de garantie et de sûreté permettant d’alléger les exigences des établissements de crédits. Les produits d’assurance peuvent adoucir les exigences de garanties des banques  et renforcer les liens entre les institutions de crédits et les PME-PMI. Tout comme cette réforme peut conduire les assureurs à s’éloigner des risques des entreprises, elle peut aussi être une lueur d’espoir pour les entreprises africaines. Dans tous les cas, c’est le financement de l’économie qui est en jeu et dans l’absolu, les assureurs ne demanderaient pas mieux que d’accroître leurs investissements.

Aujourd’hui, les assureurs africains ou panafricains  ne sont pas en mesure de prendre en compte les startups et PME- PMI dont  les 25 % du total sont insuffisamment assurées, et le tiers se trouve en difficulté du fait de l’absence de stratégie claire de gestion des risques. Or, les startups et PME-PMI africaines ont besoin de partenaires assureurs pour développer des projets à fort potentiel à l’échelle régionale, africaine. Les fonds propres des assureurs africains sont si faibles que de grandes centrales électriques, des ports, des plateformes pétrolières ou des avions de compagnies locales ne pourraient pas être couverts sur le continent. Et si une catastrophe survenait, les réassureurs locaux (à qui les assureurs rétrocèdent une partie de leurs risques) n’auraient pas toujours les reins assez solides pour la supporter. Désormais, 100 % des petits risques (accident, maladie, automobile, assurance-vie) doivent être assurés localement. Auparavant, jusqu’à 75 % de ces risques pouvaient être réassurés à l’étranger.

Les assureurs devront  concevoir et proposer aux dirigeants des PME des offres adaptées à leurs entreprises – surtout l’assurance cautionnement et l’assurance crédit à l’exportation – pour leur permettre d’importer et d’exporter des produits, de manière sécurisée et fiable. Aussi, entre autres objectifs, la réforme vise des acteurs capables de réaliser les investissements en produits, innovations techniques et canaux de distributions jugés nécessaires à la croissance du secteur. Les PME-PMI d’Afrique subsaharienne  voient et souhaitent le coté positif de cette reforme. Par exemple, dans le cadre de (ZLECA) le secteur des assurances peut jouer un rôle crucial dans l’augmentation des échanges et la hausse des investissements et servir de support à l’établissement de nouveaux marchés. En outre, cette réforme devrait favoriser le développement de nouveaux secteurs d’activités et des courants d’échanges intra Afrique. Si les assureurs conçoivent des programmes d’assurance sur-mesure, avec des garanties  en direction des nécessaires à la pérennité de leurs activités. En effet, Il existe une gamme diversifiée d’assurance et de garanties dont les PME- PMI ont grandement besoin à savoir crédit le crédit intérieur, le crédit à la consommation, l’assurance perte de loyer. Ce qui permettrait aux PMI PME de diversifier leurs débouchés et de réduire leur dépendance vis-à-vis du marché européen, qui connaît un net ralentissement depuis quelques années.




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