TRANSITION DE L’INFORMEL VERS L’INDUSTRIALISATION

Voici ce qui bloque

Dans le contexte de l’entrée dans la zone de libre-échange continentale africaine où l’industrialisation sera essentielle pour la compétitivité des entreprises, les pucerons de l’économie sénégalaise, stockés dans le secteur  informel peinent à décoller pour soutenir cette industrialisation. Ce qui risque d’impacter sur les performances du Sénégal dont l’économie est portée, en partie, par ces derniers.

Des commerçants, réunis dans l’association des commerçants et industriels du Sénégal (Acis), étaient en conclave, ce samedi, au Cices, pour échanger autour du thème : «L’économie informelle, une passerelle  vers l’industrialisation». Par la voix du président, Khadim Sylla, ils ont étalé les obstacles, qui selon eux, les empêchent de faire la transition de l’informel vers l’industrialisation, en passant par la formalisation. Ils ont d’abord senti le besoin de mettre de l’ordre dans leur secteur.  Dans le projet de formalisation, les vendeurs souhaitent que la transition de l’informel vers le formel soit encadrée en tenant compte  des spécifiés. Pour arriver à la phase d’industriels, les amis de M. Sylla ont senti le besoin d’être protégés lors des exportations, mais aussi face à la concurrence qu’ils appellent déloyale. Une compétition d’ailleurs corsée, selon eux, par l’importation de produits de surplus, avec un dumping. De leurs expériences, ils doivent, pour arriver à l’objectif d’industrialisation, être présents dans les rendez vous commerciaux telles que les foires.

C’est Maixent Kabou, doctorant en économie, qui a présenté le thème. Pour lui, il faut que l’Etat prenne d’abord conscience de l’importance de ce secteur, notamment informel. Qu’on ne le regarde pas comme un domaine où il y a qu’un manque à gagner en termes de recettes fiscales. Dans la même veine, M. Kabou souligne que la finalité ne doit pas être de formaliser le secteur pour lui tirer des taxes, mais de voir comment l’aider à mieux jouer son rôle dans l’économie pour consolider les emplois et les revenus. Il s’agit également selon l’économise d’aider les commerçants à avoir une couverture sociale qui est quasi inexistante.  

Coût de l’électricité, lois du marché

Pour la réussite de cette transition de l’informel vers l’industriel, le chercheur préconise de faciliter l’accès à l’électricité pour les futurs industriels. «On ne peut pas parler d’industrie si l’énergie n’est pas disponible en quantité, en qualité et surtout à un coût abordable. C’est un des freins majeurs qui fait que beaucoup de gens ne franchissent pas la frontière du commerce vers l’industrie, la production», explique-t-il.

L’importation de produits concurrents sape les efforts de volontaires à l’industrialisation. Mais les commerçants devront faire avec, car, rappelle Maixent Kabou, «le Sénégal fait partie d’organismes mondiaux qui régulent le commerce. Ce qui fait que des produits viennent facilement au Sénégal qui, en retour, peut  aller aussi les acheter là ou il veut.  C’est à nous de faire l’effort d’aller conquérir des marchés. Il n’y a presque plus de marchés protégés dans le monde.  On peut faire des efforts pour préserver certains secteurs. Mais, cela ne peut pas continuer parce qu’il y a la réciprocité. Quand vous fermez vos frontières, les gens peuvent vous opposer les mêmes pratiques», prévient-il.   

Les préoccupations des marchands se font échos au moment où le projet de la zone de libre-échange continentale africaine (Zleca) est en marche. De l’avis de Maixent Kabou, cette zone de libre échange africaine est une réponse positive de l’espace Afrique à cette mondialisation. «On est dans un monde où on ne peut plus fermer ses frontières. Il faut s’organiser. La meilleure organisation doit être faite à l’échelle sous régionale. Aucun Etat ne fera pas le poids devant certains pays. Si on arrive à faire passer les mesures dans un ensemble communautaire comme l’Uemoa, la Cedeao, c’est tout bénef. La Zleca est un choix entre une concurrence interafricaine et une concurrence mondiale. L’Afrique participe pour moins de 3% au commerce mondial. On ne fait pas le poids devant certaines zones économiques. La Zleca c’est pour que les échanges entre pays africains soient beaucoup plus développés. On peut parler de concurrence loyale entre pays africains parce qu’on a les mêmes forces et les mêmes faiblesses», soutient-il.

Savoir se positionner

Dans tous les cas, M. Kabou considère que  tout est dans la réflexion et l’action. En précisant, par ailleurs que, de toute façon, on n’a pas le choix .Ce qu’il faut, selon lui, c’est avoir l’environnement, les dynamiques et dire comment se positionner. Ainsi donne-t-il en exemple la Chine, les pays asiatiques qui ont connu les mêmes contraintes, mais qui, analysant l’environnement, se positionnant sur le plan stratégique, ont pu  devenir des acteurs majeurs.

L’industrialisation pour être compétitif dans le nouveau contexte de la Zleca est inéluctable. Ce sont les petites entreprises bien soutenues qui feront les grands industriels. Au Sénégal, le recensement général des entreprises de 2016 et l’enquête sur le secteur informel de 2013, ont ressorti  que le secteur informel est prépondérant dans l’économie sénégalaise aussi bien dans la production de richesse (40% Pib) que dans la création d’emploi (90% des emplois).  C’est un secteur dominé par le commerce avec 407 mille unités répertoriées en 2018, dont 50% sont du domaine commercial avec une large majorité d’entreprises individuelles. Par ailleurs, quand on fait le lien avec l’industrialisation, on voit le caractère informel de l’économie qui signifie qu’on est loin d’être industrialisée.  Or, c’est  à travers l’industrie qu’on peut créer des emplois au delà des entreprises individuelles. D’ailleurs, le chômage  au Sénégal s’explique par cette structure de l’économie sénégalaise qui est dominée par des entreprises du secteur informel et des commerçants.

Par Emile Dasylva

Source Walfquotidien




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