Va-t-on vers une révolution véritable de l’entrepreneuriat en Afrique ?

Les acteurs publics et privés s’engagent à soutenir les très petites, petites et moyennes entreprises  africaines (TPME) éligibles au financement des banques ou des marchés financiers. L’écosystème de cette catégorie d’entreprise ne cesse de s’élargir à de nouveaux acteurs.  C’est à se demander si on ne va pas vers une révolution de l’entreprenariat sur le continent ?

S’il y a un sujet qui interpelle aujourd’hui autant d’acteurs publics que privés africains, c’est bien celui du soutien à l’écosystème des TPME  qui bénéficie d’une mobilisation sans précédent à la faveur des hautes orientations au niveau international et régional, sous régional et national au finish. En effet, de nombreux  partenariats au profit des TPME ont  été scellés ces derniers temps en rapport avec le rôle important quelles jouent  dans le développement des pays africains. Plusieurs  programmes et projets destinés à soutenir les jeunes  et les femmes entrepreneurs opérant dans de nombreux  domaines ou secteurs en Afrique ont été initiés dans le but de leur faciliter   l’accès aux prêts bancaires pour financer leurs projets.

 Rappelons que les TPME africaines sont confrontées à des défis qui ne pourraient être relevés que par  un effet de levier des organismes de garantie et  la mobilisation des gouvernements africains pour appuyer, renforcer et consolider davantage les institutions de garantie du continent. Quatre TPME sur dix ont considéré l’accès au financement comme le principal obstacle au développement de leur activité : coûts élevés des transactions, niveaux de risque de crédit jugés considérables, les exigences souvent contraignantes des bailleurs de fonds en termes de garanties, sont autant de freins  souvent évoqués. Par conséquent, comme on peut le constater dans presque tous les pays africains, en moyenne, les TPME représentant plus de 80% du tissu économique de chaque pays du continent, et ne cessent de  revendiquer un accès facile au financement. Aussi, elles sont au cœur de la croissance économique et  constituent un important vivier pour la croissance malheureusement peu exploité.

Cependant, si les deux années passées  furent riches en initiatives  qui continuent à fédérer autour d’elles toutes les composantes de la sphère politique et économique internationale, l’heure est aujourd’hui à la  concrétisation des engagements et à la conjugaison d’efforts des acteurs publics et privés pour une meilleure participation des TPME dans la création de la valeur ajoutée  à l’échelle du continent . Toutefois  le succès de toutes ces initiatives très prometteuses  dépend  d’une part de la mobilisation active et simultanée de toutes les parties prenantes concernées, et non pas juste des acteurs locaux et d’autre part, la mise en place de mécanismes de coordination favorisant la collaboration et le partage des meilleures pratiques pour optimiser les cycles de financement.

Les institutions et les banques ont joué leur partition

Les Amis de Davos ont crée AGP (Africa Growth Plateforme)  qui vise à promouvoir la création d’emplois en Afrique en développant, d’ici 2025, 100 millions de PME et de startups, particulièrement celles qui sont dirigées par des jeunes et des femmes. Cet ambitieux projet, pour la croissance en Afrique, est soutenu par les gouvernements du Botswana, du Ghana et du Kenya. Les membres fondateurs sont A.T. Kearney, le Groupe Alibaba, le Groupe Dalberg, Export Trading Group, la Fondation américaine pour le développement de l’Afrique (USADF) et Zenith Bank. De leur coté, certains groupes ou institutions  créent  des plateformes d’incubation de Start up ou de PME. Ainsi , l’AFRICA CEO NETWORK et la BRVM ont noué un partenariat pour favoriser l’expansion internationale des PME de l’UEMOA membres du programme Elite BRVM Lounge qui vise à favoriser la croissance et l’innovation au sein des PME à fort potentiel en vue de leur offrir une nouvelle source de financement sur le marché financier régional de l’UEMOA. Ainsi les Pme  et Start up pourront accélérer leur développement à l’international en accédant   à un réseau de contacts d’affaires panafricain et international de premier plan. Le Groupe Marocain OCP via  sa filiale OCP Africa a lancé Le programme ”Impulse” conçu par l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), en partenariat avec Mass Challenge en vue de l’accélération de Start up travaillant sur les défis de l’Afrique dans quatre secteurs liés à la chaîne de valeur du Groupe OCP: l’agriTech, la biotechnologie, les technologies minières ainsi que les sciences des matériaux et les nanosciences. Le programme bénéficie du réseau de mentors de Mass Challenge, ainsi que d’une dotation de 250.000 USD (plus de 140 millions Fcfa) qui sera remise aux lauréats du programme. ”Impulse”. Les Start Up sélectionnées par le programme pourront bénéficier d’un accompagnement pour accélérer leur développement. Le programme propose, notamment l’accès à des opportunités d’affaires, des formations, des espaces de prototypage et des laboratoires expérimentaux pour développer et tester leurs produits et services. Le Programme « impulse » favorise la formalisation de projet, l’accompagnement à l’export, la formation et le coaching des entreprises, le réseautage accentué par les animations et les formations sur place. A la Maison de la Pme, les promoteurs d’entreprises disposent d’un espace digital gratuit (accès Wifi pour Internet) où ils sont appelés à partager également leurs expériences et nouer des partenariats d’affaires indépendamment de l’accompagnement dont ils bénéficient de la part de l’équipe d’experts mis à leur service et de la possibilité d’avoir un financement bancaire. Notons que le projet de la Maison des PME s’inscrit dans la stratégie du groupe Société Générale présentée en novembre 2018 dénommée « Grow with Africa » pour la révolution de l’entreprenariat en Afrique soutenue par une enveloppe 1 600 milliards FCFA de la part des partenaires au développement. La société générale de banque à crée des « Maisons des PME » dans certaines  de ses filiales (Sénégal et Burkina Faso, cote d ivoire  et Benin) ; pour combler un déficit dans l’accompagnement des petites et moyennes entreprises et  favoriser l’émergence d’un tissu de PME africaines  performantes à travers la mise à disposition de produits et services structurés appropriés à leurs profils et besoins. L’initiative est soutenue par un consortium de bailleurs de fonds comme l’Agence française de développement (AFD).

Le groupe bancaire Ecobank est entré en partenariat avec l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et le néerlandais Rabobank afin de doubler le montant du crédit bancaire alloué au secteur agricole au Nigeria, d’ici les deux prochaines années. L’USAID garantie jusqu’à 50 % les prêts accordés par ECOBANK aux agriculteurs et transformateurs du Nigeria. La banque dispose de $193 millions de prêts à destination des cultures, du bétail, des transformateurs et des exportateurs de produits de base avec un ratio crédits/dépôts de plus de 70 % (un niveau supérieur à celui fixé par la (CBN) Banque centrale).  Le groupe table sur le dynamisme des PME agricoles afin d’améliorer son retour sur investissement dans le pays.

Quelques  fonds de garantie s’engagent

Les engagements  des fonds de garantie sont majoritairement destinés à fournir aux banques locales africaines une plus grande sécurisation de leur liquidité pour soutenir les PME et les micros entreprises.  A titre d’exemple, l’African Guarantee Fund (AGF) a augmenté son capital pour permettre à plus de 10 000 PME dont 2000 en Afrique de l’ouest de continuer à jouer un rôle essentiel dans la croissance des économies africaines au travers de leur inclusion financière en particulier. A cet effet, l’AGF  qui jusqu’ici a émis plus de 1 milliard $ de garanties, met à disposition environ 1,7 milliard $ pour le financement des PME sur le continent par le biais de ses institutions financières partenaires. Dans la même optique de soutenir l’essor  des PME, CDC Group, l’agence d’investissement étranger du gouvernement britannique,  s’engage  à débloquer $400 millions (360 millions d’euros) en faveur des PME, entrepreneurs et micro entreprises en Afrique. Ainsi, il a octroyé  un prêt de financement commercial de 100 millions de dollars pour la banque sud-africaine ABSA, signé un protocole d’accord pour affecter 100 millions de dollars à la CIB of Egypt et  un accord de financement commercial de 75 millions de dollars avec la Trade and Development Bank (TDB) pour appuyer les prêts bancaires aux PME de 32 pays d’Afrique.  Aussi, CDC Group a mis en place trois fonds de private equity  pour  trois zones géographiques  du continent à savoir :Mediterrania, axé sur les PME d’Afrique du Nord et subsaharienne qui a reçu 25 millions d’euros (27,7 millions $) ; Adiwale Fund pour les PME d’Afrique de l’Ouest, principalement de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso, du Togo, du Bénin et de la Guinée avec des financements de 19,2 millions $ ; Verod Fund III pour entreprises à croissance moyenne en Afrique de l’Ouest anglophone (Ghana  et Nigéria) pour 20 millions $. En plus de cela, CDC Group s’engage à investir au total 2 milliards de livres sterling (2,6 milliards $) au cours des deux prochaines années dans des entreprises africaines.

Le soutien financier à l’entreprenariat féminin africain est monté d’un cran

L’entreprenariat féminin de son coté bénéficie d’une attention particulière. C’est ainsi  que lors du Sommet du G7 tenu en France au mois d’Août dernier à  Biarritz, l’initiative phare de l’Union Africaine de financement des femmes entrepreneures plus connue sous le nom de Programme AFAWA (Actions positives pour le financement en faveur des femmes en Afrique) et exécutée  par la BAD, a obtenu un soutien des chefs d’Etat et de gouvernements du G7 de 251 millions USD, soit 148 milliards de FCFA sous forme de prêts en faveur de l’entreprenariat féminin.  Cette enveloppe permettra de lever jusqu’à 5 milliards USD au profit des femmes entrepreneures selon les autorités de la BAD.

Après l’élaboration d’une vision claire, d’un dispositif d’appui et de  mesures censées ériger les Start-Up et les TPME en un véritable levier de croissance, les acteurs bancaires de référence aussi  ont également réaffirmé leur engagement en faveur des TPME. L’intervention des fonds de garantie est plus que  nécessaire  pour que les Pme puissent financer leur développement. Jamais une espérance n’a été aussi grande sur le continent. Les acteurs privés et publics du secteur des Pme ont tous rendu de belles copies, au point que  tout le monde (états, banques  et opérateurs économiques)  se frottent les mains en attendant que la manne financière arrive ! Reste à savoir si  des financements importants  et les garanties  conséquentes viendront  irriguer le secteur des TPME africaines et si l’utilité de l’intervention des acteurs publics et privés ne fera pas défaut? Ce qui est sûr et certain, le succès de  toutes ces initiatives dépend de  la responsabilité de tous les acteurs concernés, notamment le secteur bancaire, les institutions de garantie, les établissements publics et particulièrement des entités bénéficiaires qui doivent s’engager d’une façon positive dans ces programmes et veiller à honorer leurs engagements.

Par Mathieu Ndiaye




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