‘’ Covid-19 et PME: Programme spécial’’

Mesures de soutien aux PME face au COVID- 19 : le CDES demande à l’État sénégalais de revoir sa copie

Peut mieux faire. C’est ce que semblent dire les membres du Conseil Des Entreprises du Sénégal (CDES) à l’Etat du Sénégal après  une évaluation des mesures  annoncées par le Président Macky Sall  et son gouvernement en soutien aux entreprises sénégalaises face aux conséquences dramatiques du Coronavirus COVID 19 sur leurs business.

M. Babacar Diagne Président du CDES

Par Bacary SEYDI

C’est  à travers un communiqué de presse  en date du Samedi 11 Avril 2020 que le CDES – une organisation patronale regroupant essentiellement les TPE, les Petites Entreprises, les Micro entreprises, les  PME /PMI et leurs organisations faitières – a donné son appréciation sur  mesures annoncées par le chef de l’Etat au profit du secteur privé lors de son discours à la nation.

 Analysant les mesures  de soutien aux entreprises prévues par l’Etat du Sénégal à la lumière des difficultés nées des mesures de restrictions consécutives au COVID-19 qui impactent négativement leurs activités, les entreprises membres du Conseil des Entreprises du Sénégal (CDES)  ont estimé que l’Etat du Sénégal peut aller encore plus loin  en matière de soutien aux entreprises, et  en particulier, aux TPE, MPME/PMI qui souffrent le plus des conséquences négatives de la Pandémie du COVID-19. Les difficultés répertoriées après enquête auprès de leurs membres ont pour noms : baisse du chiffre d’affaire, chômage technique, inexistence d’opportunité, dettes intérieures,  réduction du temps de travail, baisse de la production, difficultés de trésorerie, défaut de paiements des clients, difficultés d’approvisionnement en matières premières du fait de l’interdiction de circulation inter-régions, arrêts de travail et fermeture temporaire pour certaines entreprises,  et lendemains incertains.

Apres avoir salué le leadership du Président de la République dans la lutte contre la pandémie du COVID-19, le CDES a apprécié positivement les efforts consentis par l’Etat à travers un programme d’injection de liquidités assorti de mesures fiscales et douanières.

S’agissant des mesures de soutien aux entreprises du secteur privé de façon générale et des Petites et Moyennes entreprises de façon spécifique, le CDES souscrit entièrement à l’ensemble des mesures annoncées par l’Etat. Toutefois, le Conseil estime qu’il faut aller plus loin pour pouvoir impacter ce qui constitue l’essentiel du tissu économique sénégalais tel que ressorti dans les statistiques nationales (RGE 2016 -ANSD): les Très petites entreprises, les Petites Entreprises, les Micro entreprises et les autos entrepreneurs ou entreprises individuelles.   A Court terme,  l’organisation patronale considère que ces mesures telles que énoncées, ne peuvent profiter qu’à une poignée d’entreprises du secteur structuré formel soit moins de 3,8 % des entreprises  du tissu économique sénégalais au détriment de la majorité des entreprises sénégalaises qui sont dans l’informel, soit 97% des PME.

Relativement aux mesures de soutien aux Petites et Moyennes Entreprises (PME),  le CDES a estimé que les mesures de facilités fiscales à elles seules ne permettent pas de garantir la pérennité de l’activité des entreprises  bénéficiaires encore moins de maintenir les emplois dans la durée comme le souhaite l’Etat du Sénégal.

De même les mesures de soutien à l’investissement prévues par l’Etat, quoi que louables, ne permettent pas de préserver les capacités productives des entreprises à fortiori, de les augmenter pour satisfaire le marché local en produits de grande consommation.

Quant à l’apurement d’une partie des créances dues aux entreprises, le CDES juge que c’est une mesure salutaire au regard du montant de l’enveloppe qui lui sera accordée (302 milliards de FCFA) même s’il considère que cette mesure ne profite qu’à un nombre limité de PME, celles qui accèdent à  la commande publique ; ce qui limite son impact et sa  portée sur le tissu des entreprises.

Le CDES  regrette en outre que des pans entiers de l’économie nationale qui sont soit au ralenti, soit aux arrêts du fait des effets des  mesures de restriction prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie aient été passés sous silence dans le discours du Chef de l’Etat : le secteur de la pèche, le secteur des BTP, l’agro industrie, le secteur du transit et des services entre autres.

Concernant les mesures de soutien financier aux entreprises, le CDES salue leur pertinence en ce sens qu’elles peuvent apaiser les difficultés de trésorerie des PME mais méritent d’être renforcées pour préparer la relance et leur accès rendu effectivement allégé à  toute entreprise impactée et dans les conditions de transparence idoines.

Considérant que la pandémie du Covid-19 a entraîné déjà un ralentissement de l’activité économique allant jusqu’à la fermeture de certaines entreprises et qu’elle va sans doute affecter l’économie nationale et internationale plus durablement, le CDES a formulé un certain nombre de recommandations.

Recommandations du CDES pour éviter la faillite des TPE  et PME/PMI

Le CDES recommande à l’Etat de mettre sur pieds et très rapidement avec le secteur privé, une commission nationale d’identification des entreprises en difficultés pour parer aux plus pressées avant la mort certaine de certaines d’entre elles, fortement impactées.

 Le CDES recommande également à l’Etat d’accélérer la mise en place du comité de veille sur l’impact de la crise sur les activités économiques et de coopter le CDES dans le comité de veille économique et dans la gestion de FORCE-COVID-19 pour porter le plaidoyer de 98,2% des entreprises du tissu économique national que représentent les PME. D’autant que l’organisation a déjà mené une première enquête auprès de ses membres visant à recenser l’ensemble des difficultés auxquelles ils sont présentement confrontés.

En outre, le CDES recommande la mise en place d’un dispositif de suivi évaluation de l’application des mesures de soutien aux entreprises,  à même de proposer des mesures chirurgicales par secteur d’activités.

Enfin, le CDES recommande à l’état d’accorder une autorisation de transport inter régions de matières premières et de certains produits fabriqués par des entreprises locales pour un meilleur accès des ménages á ces produits dans les autres régions.

Au titre des mesures fiscales, sociales et douanières, le CDES s’est voulu très pragmatique en proposant :

  • le report des cotisations fiscales et sociales arrivées à échéance ;
  • la réactivation de la loi sur la régularisation fiscale. Mais cette fois ci sur une durée plus longue ;
  • le report du délai de dépôt des états financiers initialement prévu le 30 avril ;
  •  la contribution de l’IPRES et de la CSS pour soutenir les entreprises ayant déclenché la procédure de chômage technique afin de garantir un revenu aux employés affectés- les TPME/PMI sans activité ne pouvant pas verser de rémunération durant cette période ;
  • l’opérationnalisation en procédure d’urgence du statut de L’Entreprenant, seul moyen d’assurer une protection sociale aux acteurs du secteur informel, mais également un moyen efficace de recensement des acteurs concernés ;
  • l’élargissement de la télé déclaration et du télé paiement pour réduire les coûts de conformité et les contacts humains (application de la distanciation sociale dans un contexte de COVID 19).

Au titre des mesures de soutien financier, le CDES suggère  dans le court terme : le paiement sans délai de la dette due aux TPPME/I ; l’injonction aux banques et institutions de microcrédit de différer les paiements des dettes contractées par les TPPME/I;  la réduction du   prix du carburant  à  la faveur de la baisse du prix du baril du pétrole pour les acteurs du transport qui sont pour la plupart dans l’informel ; l’inclusion des TPE, Petites Entreprises et Micro entreprises de transformation alimentaire grosses consommatrices d’énergie parmi les bénéficiaires des mesures de soutien liées au paiement des  factures d’électricité dont bénéficient les ménages á travers la mise á contribution du Guichet PME de la Senelec.

Pour ce qui concerne le maintien des emplois dans les entreprises, le CDES a demandé à ce que l’Etat s’occupe de  la prise en charge de 50% des salaires sans les indemnités et  apporte son soutien au paiement des loyers pour les entreprises impactées par la crise.

Le CDES a proposé également la création d’un fond d’urgence pour les entreprises en difficultés  à travers une réorientation  des ressources des 3 FPT et de la DER vers le  sauvetage d’entreprises en difficulté pour éviter leur disparition ; car l’heure est au maintien de l’outil de production des TPPME/I ;

 Le CDES  a enfin invité ses membres à prendre toutes les dispositions appropriées pour «réduire » le personnel au strict nécessaire dans les lieux de travail et  annonce vouloir mettre á la disposition du Ministère de la santé une ambulance et un camion de biens en nature (Gel, savon, kit sanitaire, masque etc).




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