« Le Sénégal, une terre d’entrepreneuriat et d’innovation !»

Des sommités de l’économie et de l’entrepreneuriat se sont données rendez-vous à la rencontre annuelle organisée dans le cadre du BPI France Inno Generation” (BIG), le jeudi 1er octobre, à l’Accor Arena de Bercy  autour du thème « Le Sénégal, une terre d’entrepreneuriat et d’innovation ». Nous vous livrons une synthèse des travaux du panel consacré au modèle de la Délégation générale à l’Entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ), faite par le journal Cio Mag qui a assisté à ce panel.

 Pape Amadou Sarr, le Délégué général à l’Entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ), et Omar Cissé,  le Fondateur de In Touch, une FinTech sénégalaise,  ont animé un panel qui a amené les participants à plébisciter  le modèle d’accompagnement des Start up et PME de la DER/FJ.  Cette initiative inédite de l’Etat sénégalais visant à promouvoir l’entrepreneuriat, est apparue au cours du panel comme une innovation institutionnelle majeure en soit dans l’écosystème d’accompagnement financier et non financier des initiatives entrepreneuriales des jeunes et des femmes qui mérite d’être dupliquée dans les autres pays africains. 

Pape Amadou Sarr, ministre sénégalais, Délégué général à l’Entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (DER), a soutenu que l’innovation doit être portée par la puissance publique pour entrainer, par effet de levier, le tissu entrepreneurial. Pour le ministre en charge de la DER,  l’innovation est au cœur des actions de sa délégation. Pour étayer ses propos, il a expliqué qu’en deux ans d’activités, sa délégation a soutenu ses engagements en mobilisant près de 60 milliards FCFA, équivalent à environ 100 millions d’euros. Et qu’elle a accompagné près de 200 000 jeunes sénégalais dans leurs projets de création d’entreprises.

Le Patron de la DER a précisé que la DER a pu lever près de 20 millions d’euros grâce à des mécanismes innovants, et via des acteurs tels que la BAD, l’AFD, la Fondation Bill et Melinda Gates et le Fonds Khalifa pour le développement de l’entreprenariat. La levée de fonds a permis la création du plus gros incubateur et accélérateur d’Afrique de l’Ouest. Des accords ont aussi été signés avec les écoles d’ingénieurs (Polytechnique de Dakar, ESMT, UVS, etc.) pour renforcer la fibre entrepreneuriale des étudiants, ainsi que l’innovation et la Recherche et Développement. Un partenariat entre les Emiratis et la DER pour déployer un Fablab doté d’équipements ultramodernes est en vue. Ce partenariat, permettra d’accompagner l’écosystème d’innovation local dans des domaines aussi pointus que la robotique, l’IOT, l’IA ou la blockhain. Et va contribuer à la recherche de solutions africaines pour remédier aux problèmes africains.

Impact Covid sur le financement des projets

En dépit de la crise sanitaire de la Covid-19, 2020 a été une bonne année pour la DER. Cette dernière a investi près de 25 milliards FCFA (40 millions euros) durant les quatre mois de crise. « Nous avons pu générer des revenus sur la base des investissements effectués en 2018. Et ces ressources ont été réinjectées dans notre stratégie de soutien aux PME et aux start-up, qui avaient manifesté un fort besoin en liquidités », explique Pape Amadou Sarr. D’autres mesures ont été décidées, telles les suspensions et les moratoires sur les remboursements des échéances accordés par les banques. Dans le même temps, du cash a été injecté dans l’entreprenariat agricole (semences et engrais pour l’hivernage, achat de produits horticoles et agricoles). Et des entrepreneurs agricoles ont pu racheter un grand nombre de stocks de produits périssables restés invendus (noix de cajou, pommes de terre, etc.), du fait de la fermeture des écoles, des universités et des restaurants, à la suite de l’application des mesures de restriction sanitaire.

Plusieurs PME et des start-up, du secteur de l’AgriTech, ont réussi à se constituer d’importants stocks de ces produits. Ils ont été transformés, conservés et conditionnés pour ensuite être commercialisés. Cette opération a permis à des entrepreneurs d’être à présent autonomes – et même bancable – malgré la crise sanitaire. Pour la DER, la Covid-19 a été une « opportunité » pour accompagner des entreprises (des domaines formels ou informels) à devenir plus résilientes après la crise sanitaire. Elles ont bénéficié d’un plan de relance de 50 milliards FCFA (environ 100 millions euros), destiné notamment à assurer la souveraineté dans les secteurs alimentaires, du transport, des services et surtout dans le numérique.

Formation et compétences

S’agissant de la formation, elle est considérée comme le socle de l’entreprenariat. Pour porter les besoins des entreprises, il est nécessaire de disposer de professionnels suffisamment formés. Au Sénégal, les besoins sont couverts par les écoles et les universités. Mais, il faut oser aller au-delà de ce qui est proposé aujourd’hui. « A l’issu de ma formation d’ingénieur, à l’Ecole Polytechnique de Dakar, j’étais persuadé de faire partie des meilleurs programmateurs au monde. C’est ce que m’ont toujours fait croire mes professeurs. Même si c’était un peu exagéré, avec le recul, je reste convaincu que la motivation, la confiance en soi, ainsi que la culture d’entreprise, sont fondamentales pour forger l’état d’esprit des futurs chefs d’entreprises », explique Omar Cissé. C’est précisément sur le volet de l’accompagnement, à travers des programmes de mentorat et de coaching, que la DER va accroitre ses efforts pour compléter les instruments financiers qu’elle apporte aux entreprises. Pour Pape Amadou Sarr, plusieurs entreprises buttent sur l’accès aux marchés pour commercialiser localement ou à l’export leurs produits. « Nous avons également prévu de mettre en place des dispositifs pour les accompagner », explique t-il.

Pour accélérer la création d’emplois en Afrique, il faut favoriser le réflexe entrepreneurial. Et pour atteindre un niveau acceptable, le tissu entrepreneurial doit être renforcé. L’équilibre du monde entier, qui est menacé du fait de la forte croissance démographique de l’Afrique, en dépend. De la même façon que l’Europe et les Etats Unis créent des outils pour accompagner leurs entreprises à se développer en Afrique, il est, à l’inverse, tout aussi important de faire en sorte que des entreprises africaines accèdent aux marchés européens et américains. « C’est cela l’esprit de co-construction », plaide Pape Amadou Sarr.

Omar Cissé, Fondateur de In Touch, une FinTech sénégalaise active dans plusieurs pays, est intervenu dans le même panel. Pour cet entrepreneur, le modèle de la DER contribue à faire émerger des champions locaux. Il importe à présent que ce modèle soit dupliqué à l’échelle du continent. Mais, de toute évidence, de multiples barrières freinent l’émergence d’un marché africain. Un marché pluriel et complexe, qui doit être abordé en tenant compte de ses multiples spécificités, tant au plan réglementaire que monétaire, voire même au niveau des différences religieuses. « Touch Sénégal doit passer par la France pour obtenir des devises et payer ses fournisseurs chinois, lesquels équipent des filiales en Guinée ou au Cameroun », s’est indigné le patron de Touch. Le géant nigérian, qui dispose d’un marché plus structuré, porte un regard condescendant sur ses « petits » voisins francophones. Pour Omar Cissé, l’entreprenariat devrait aider à faire disparaitre toutes ces inhibitions. Or, en Afrique, dit-il, « ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais difficile est le chemin ».

Pour tempérer le débat sur les obstacles liés à l’accès aux marchés, Pape Amadou Sarr s’est montré plus optimiste. Le ministre sénégalais en charge de la DER pense que l’heure de l’Afrique a sonné. A l’instar d’Uhuru Kenyatta, Président du Kenya, invité d’honneur de cette édition, le ministre sénégalais estime que la mise en œuvre de la ZLECA (Zone de libre-échange continentale Africaine) mettra fin à ces multiples barrières. Cet accord, qui vise à établir un marché unique à l’échelle du continent africain, devrait permettre de disposer d’un big player ou Game changer. Et contribuera à la création d’un marché unique, pour les biens et les services, à l’échelle du continent africain, en incluant la libre-circulation des personnes et des capitaux.

Par la Rédaction




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