[ ITW ] : M. Ibrahima Nour Eddine DIAGNE

Administrateur Général de GAÏNDÉ 2000

« Aucune activité économique ne peut envisager un avenir sans placer le digital au cœur de cette activité en question ».

Avant la pandémie, la transformation digitale des entreprises était perçue comme un moyen d’augmenter leurs performances dans le processus de création de valeur. Avec la Covid-19, il s’agit pour beaucoup d’entreprises notamment les PMEs, d’une question de survie. Interpellé par la rédaction de PME Infos sur l’apport de la transformation digitale des PME dans le renforcement de leur résilience face à la crise et dans la perspective d’une relance économique post Covid-19 réussie, l’Administrateur Général de GAINDE 2000, M. Ibrahima Nour Eddine DIAGNE, un des précurseurs de la dématérialisation des formalités du commerce extérieur au Sénégal et en Afrique, livre dans cette interview une réflexion optimiste mais très lucide sur le sujet, partage ses craintes et ses espoirs, et pose un regard prospectif sur les facteurs clés de succès pour les entreprises engagées dans des processus de digitalisation, à la lumière de nombreux paramètres comme l’évolution de la pandémie, l’évolution des comportements des consommateurs, l’ouverture des marchés africains et de l’avènement en Afrique de grosses plateformes internationales de commerce en ligne.

Par la rédaction

Monsieur l’Administrateur Général, pourriez-vous nous faire l’économie de la présentation de GAINDE 2000 dans sa constitution ; son évolution statutaire et organique ainsi que les services offerts aux entreprises ?

GAINDE 2000 est une initiative née en 2002 de la volonté de l’administration des douanes de se doter d’un outil collaboratif digital, en l’occurrence le guichet unique en vue d’accomplir toutes les formalités préalables au dédouanement. Cela devait être la construction d’une plateforme qui interconnecte des acteurs autres que la douane et qui ont un rôle et une mission dans l’accomplissement des formalités import/export. C’est cela l’esprit du Guichet Unique pour le commerce extérieur, qui a été mis en service en 2004 et qui a permis à tous les opérateurs économiques du Sénégal faisant de l’import/export, d’accomplir leurs formalités sans avoir à se déplacer et a permis également à toutes les administrations interconnectées par ce guichet unique à recevoir et émettre des documents électroniques. Cela a donc placé GAINDE 2000 dans une situation de précurseur de la dématérialisation en matière de formalités.

GAINDE 2000 est un GIE (groupement d’intérêt économique), avec le Comité de gestion de l’informatique douanière qui en est le principal actionnaire et qui a pour mission d’accompagner la dématérialisation dans le secteur Douanier. Pour ce qui est de l’évolution de la vie de l’entreprise, l’approfondissement de notre expertise en matière de digitalisation a été mis à profit par d’autres secteurs. C’est ainsi que nous avons eu à collaborer avec l’Apix dans le cadre de son guichet unique de création d’entreprises et le ministère de la justice dans le cadre de la dématérialisation des formalités d’inscription au greffe du tribunal de commerce notamment pour le RCCM (registre du commerce et du crédit mobilier). 

Donc d’un acteur encré dans les formalités import/export, GAINDE 2000 est passé à un acteur encré autour du principe de guichet unique dématérialisé avec beaucoup d’innovations qui ont suivies, notamment en matière de signature électronique puisque la première PKI du Sénégal  (l’instrument qui permet de mettre en place la signature électronique) a été mise en place par GAINDE 2000 et a permis donc au Sénégal d’être autonome en matière de signature électronique et de ne pas avoir à utiliser des solutions ou des produits étrangers. Cela nous a naturellement conduits à travailler sur des questions comme le paiement électronique qui est un élément nécessaire dans l’accomplissement des formalités et nous avons également étendu nos activités au niveau international à la demande de certains pays partenaires du Sénégal pour les assister dans leurs démarches de dématérialisation des formalités du commerce extérieur. 

La crise née de la pandémie du Covid-19 a impacté quasiment tous les secteurs d’activités négativement ou positivement : Qu’en est-il du secteur de l’économie numérique ?

L’économie numérique pourrait ne pas se définir comme un secteur. C’est plutôt une capacité ou un support. Je dirais aujourd’hui que l’économie numérique est forcément le levier à travers lequel toutes les résiliences se sont construites, qu’il s’agisse de la résilience économique ou simplement de celle en matière sanitaire. Il apparait évident que lorsqu’on est dans une crise où c’est la relation qui est en question, où les interactions entre les personnes sont contraintes, le digital est nécessairement le moyen par lequel nous pouvons avoir une forme de continuité d’activités sans pour autant être obligé de fermer boutique. Fortuitement, le positionnement du digital dans l’économie nationale et dans la société sénégalaise est aujourd’hui quelque chose qui est admis par tous les acteurs. 

L’effort qu’il faut pour convaincre les acteurs privés/publics, ou des personnes sur l’utilité du digital, est un effort qui est devenu tout à fait simple à produire parce que les gens ont complètement expérimenté les difficultés liées à la pandémie et appréhendent mieux la nécessité d’utiliser ces outils. Donc nous pouvons dire qu’au Sénégal, comme partout ailleurs, le défis aujourd’hui est dans l’optimisation dans l’utilisation du digital et non dans l’utilisation du digital. Cette étape est, selon moi, derrière nous. En revanche, si le digital est mal utilisé, de façon non optimale, il ne conduira pas forcément à des gains de performance, alors que c’est cela sa vocation première.

En tant qu’acteur majeur de ce secteur ; la crise sanitaire et économique a-t-elle été une réelle opportunité pour GAINDE 2000 de booster ses activités ?

Je peux dire que réellement, en tant qu’acteur digital, nous sentons aujourd’hui qu’il y a un empressement de la plupart de parties prenantes à aller vers une dématérialisation beaucoup plus prononcée. Quand vous dites booster, est-ce que nous sentons qu’il y a de plus en plus de sujets qui sont concrétisés en matière de digitalisation ? je dirais non, il y a une sorte de continuité. Toutefois, nous sentons absolument qu’il y a une lame de fond qui arrive avec beaucoup d’acteurs qui étaient timidement intéressés par la dématérialisation et qui deviennent intensément intéressés par le sujet. Donc 2021, sera l’année qui nous permettra de valider que cette lame de fond va bien se concrétiser incha ALLAH, et que si la pandémie est vaincue, comme nous le souhaitons par les efforts qui sont fait, et avec la vaccination, cela n’entraine un retour à la tradition de conservatisme auquel nous avons été confrontés pendant plusieurs décennies.

Quels sont les besoins d’accompagnement qu’expriment le plus vos clients Entreprises en cette période de Covid 19 ?

Nous voyons aujourd’hui que la signature électronique est un outil indispensable pour rendre légale des transactions qui devaient être faites sur support papier et qui actuellement, avec les conditions juridiques au Sénégal, peuvent être faites de manière totalement dématérialisée. A ce niveau, il y a un réel besoin. Nous sentons également que la stratégie digitale des organisations se heurte souvent à la compréhension de ce que doit être le digital au cœur d’une organisation. Donc en matière de conseils, il y a également des besoins qui naissent et nous sentons que beaucoup d’acteurs ont besoin de pouvoir se projeter dans la digitalisation parce qu’ils ne veulent pas d’une utilisation désarticulée des outils digitaux mais plutôt une utilisation cohérente. C’est ça la transformation digitale. La transformation digitale, c’est un ensemble cohérent qui permet de positionner le digital au cœur de la création de valeur. C’est en cela que nous pensons que notre action de conseil peut servir à beaucoup d’organisations qui auraient déjà fait leur choix technologique, ou qui seraient sur le point de le faire et auraient également besoin d’un éclairage. Ce sont des besoins que nous voyons venir. Le paiement électronique est aussi un sujet qui explose parce que c’est l’activité qui permet de dématérialiser les interactions entre ceux qui offrent des services et ceux qui les délivrent.  Donc il y a trois niveaux qui doivent bouger : le paiement électronique, la signature électronique et le conseil en transformation digitale. 

Comment accompagnez-vous les entreprises à traverser cette période particulière et à renforcer leur résilience pour faire face à la chute généralisée des chiffres d’affaires ?

C’est une question à multiples articulations. Ce qu’il faut retenir aujourd’hui, c’est que la transformation digitale des PMEs est un enjeu plus accessible que celle des grandes entreprises. Aujourd’hui, La plupart du temps, les petites entreprises vont se créer avec un soubassement digital natif. Il sera très difficile de voir un jeune entrepreneur qui créé son entreprise et qui n’intègre pas le digital dans sa construction d’entreprise. En revanche, le tissu des PMEs que vous indiquez est le tissu le plus large, en termes de nombre d’entreprise et de valeur ajoutée. Les PMEs peuvent être tentées de considérer le digital comme un élément périphérique de leur stratégie et de leur démarche. Notre rôle aujourd’hui à cet égard, c’est de construire des plateformes parce que les PMEs n’ont pas les moyens d’investir elles-mêmes sur des infrastructures et des compétences pour pouvoir prendre en charge la question digitale. Ainsi notre approche, c’est plutôt d’aller vers des plateformes qui leur permettront d’avoir l’usage du digital, sans pour autant devoir construire elles-mêmes cet univers. C’est là, le défis sur lequel nous allons travailler dans les prochains mois, les prochaines années, pour être en mesure de pouvoir apporter des réponses à ces PMEs et PMIs

qui existent dans le pays et qui ont vocation justement à améliorer leur performance et qui ne disposent pas des moyens techniques et des compétences, comme je le disais tantôt. C’est une logique ouverte et également une bataille pour laquelle, les acteurs nationaux doivent se positionner parce que c’est l’avenir également du digital. De plus en plus, nous nous rendons compte que le cloud et le SAS sont des vecteurs qui permettent une digitalisation rapide des PMEs. 

En revanche, l’enjeu des grandes entreprises est plus complexe car ce sont des organisations qui ont les moyens en termes de compétences et en termes d’infrastructures. Leur enjeu c’est plutôt le conseil pour articuler leur stratégie digitale et également la bataille, pour que les acteurs nationaux soient en mesure de leur fournir les choses essentielles et qu’elles ne soient pas obligées de se rabattre sur l’étranger pour trouver les solutions qui leur conviennent. Donc voilà un peu les défis du secteur. Nous devons donc pouvoir construire des capacités en matière de cloud et SAS qui répondent aux besoins de ces entreprises. Le marché est large, il y a de la place pour plusieurs acteurs et nous sommes tout à fait heureux de constater que d’autres acteurs font le même exercice que nous, de sortes que, nous puissions apporter la disponibilité de tous ces services dans les meilleures conditions pour nos entreprises.

Auriez-vous dans votre portefeuille de clients entreprises des exemples concrets d’entreprises qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu face à la COVID 19 grâce au commerce électronique ?

Le commerce électronique, nous le pratiquons au sens BtoB et BtoG, à savoir au niveau des formalités et des relations inter-entreprises. Le commerce électronique qui a explosé pendant cette crise sanitaire que nous vivons, c’est le commerce électronique destiné aux particuliers. A ce titre, il faut vraiment saluer les initiatives tout à fait originales que les entrepreneurs sénégalais ont mises en place pour être en mesure de donner des alternatives au commerce traditionnel. Sur ce registre, nous ne sommes pas intervenus, mais plutôt en appui au ministère du commerce dans sa stratégie nationale pour le e-commerce en lui apportant une plateforme qui fait l’inventaire de tous les acteurs qui sont disponibles pour offrir des services dans le but de soutenir le e-commerce. Il s’agit notamment des acteurs de la logistique, de la Fintech, et les plateformes qui permettent de commercialiser. Nous avons également avec le ministère du commerce, mis en place le Consortium national pour le e-commerce (CNE), qui est un regroupement de tous les acteurs intéressés par le commerce électronique et qui réfléchit sur les stratégies et les transversalités à mettre en place pour rendre effectif le e-commerce au Sénégal et surtout, faire en sorte qu’il soit générateur de valeur

ajoutée et aussi un élément qui permette une très forte inclusivité. En tant qu’observateur, nous avons noté, que la logistique s’est bien développée avec des acteurs qui, aujourd’hui, apportent des réponses concrètes et pertinentes pour la livraison des produits. Nous voyons que beaucoup de jeunes qui ont leurs activités basées sur les réseaux sociaux font appel à des acteurs logistiques qui leur simplifient la tâche et vous vous êtes rendu compte également que les moyens de paiement électroniques ont été largement utilisés pour supporter ce genre d’initiative. A ce stade, peut être qu’une évaluation n’est pas encore faite pour dire concrètement quels sont les acteurs qui ont réellement tiré leur épingle du jeu, mais partant de la simple observation, nous pensons que les deux secteurs qui ont été les plus favorisés par cette pandémie sont la logistique (la livraison) et le paiement électronique (paiement à distance) puisque ces deux leviers ont été largement sollicités. Maintenant, il faudra sans doute, une évaluation concrète pour dire de façon précise quels sont les bénéficiaires de cette crise, avec bien entendu, des indicateurs sur les valeurs et les volumes de même que la distribution à travers le territoire.

Le développement du commerce électronique est-ce finalement une panacée pour les entreprises locales face à la crise ?

Vous savez, c’est une histoire de comportement. Le commerce électronique, ce sont des outils qui permettent à un comportement de pouvoir s’exercer. C’est quoi le comportement ?

Aujourd’hui c’est un comportement d’achat qui fait que voir un produit que l’on achète n’est plus une exigence. Nous pouvons acheter un produit que nous n’avons pas vu, soit parce que le produit est standard et que nous le connaissons et qu’il n’y aucun risque qu’il soit différent, soit nous sommes dans une nouvelle logique de confiance, qui fait que, nous sommes capables d’acheter un produit sans l’avoir vu auparavant et que les règles qui permettent de pouvoir retourner ce produit, s’il n’est pas conforme, existent. Ces deux leviers permettent d’avoir un consommateur qui est demandeur de e-commerce et ce-dernier a été forcé par la pandémie. De mon point de vu, c’est un consommateur qui sera de plus en plus présent surtout que les jeunes générations ont déjà cette culture de pouvoir acheter à distance. Maintenant, il ne faut pas uniquement raisonner, lorsqu’on pense commerce électronique, aux produits physiques. Prenons le secteur culturel, que je cite toujours comme exemple. Nous avons aujourd’hui une très forte concurrence sur les réseaux sociaux en termes de contenu audio-visuel et divertissement. Beaucoup d’opérateurs audio-visuel n’ont pas de licence au Sénégal mais par la magie de l’internet, ont de la clientèle domestique. Vous constatez que cela peut interférer et rendre la vie difficile aux acteurs traditionnels qui opèrent dans ce secteur et qui sont soumis à des contraintes qui sont beaucoup plus difficiles. C’est en cela qu’il est important pour les régulateurs de bien considérer l’existence d’un danger. Ce danger, c’est que l’on régule un secteur en le soumettant à des contraintes lourdes et que dans le même temps, l’on permette justement à ces acteurs étrangers, de pouvoir être tout à fait disponibles à travers l’internet et même parfois à travers des bouquets numériques et d’être des concurrents qui ne sont pas soumis aux mêmes règles. Donc il ne faudrait pas regarder le commerce électronique sous l’angle des marchandises que l’on achète, mais aussi, sous l’angle des services. D’ailleurs, toute la valeur ajoutée du commerce électronique se trouve dans les services. Il faudrait créer un cadre qui soit propice à l’émergence de grands acteurs de services, soit à l’échelle pays soit à l’échelle régionale. Il est vrai qu’un grand acteur a besoin d’une base de marché. Le Sénégal est un petit pays, et donc il faudrait qu’avec la sous-région (échelle UEMOA – CEDEAO), ou la région Afrique avec la zone continentale de libre-échange (Zlecaf), le Sénégal soit capable de créer les conditions d’émergence de géants du numérique.

Qu’est ce qui à votre avis reste à faire pour permettre aux acteurs sénégalais de l’économie numérique de tirer profit des avantages comparatifs dont dispose le Sénégal et permettre à ce secteur stratégique de jouer pleinement le rôle qui est attendu de lui dans le cadre de la relance économique post Covid ?

D’abord il faut se poser la question à savoir si la Sénégal a un avantage comparatif. Sur le marché domestique, nous avons des lois qui permettent de faire des transactions électroniques mais les coûts sont assez élevés, notamment les coûts de connexions par rapport au pouvoir d’achat et donc cela montre que nous n’avons pas forcément d’avantages comparatifs. 

Est-ce qu’en termes de compétences nous sommes mieux dotés que les autres pays ? Je dirais que nous ne sommes ni les moins bien dotés ni les mieux dotés. Est-ce que nous pouvons jouer notre partition pour être une place digitale à l’échelle du continent ou de la sous-région ? Cela ne peut se faire que si nous avons une construction stratégique qui vise à valoriser ce que le Sénégal peut mettre en avant et faciliter l’environnement qui conviendrait pour que notre pays puisse se positionner comme un acteur totalement émergent en matière d’économie digitale. Donc pour moi, cette construction digitale reste à faire et elle va plus loin que la stratégie nationale SN2025. Aujourd’hui, il faut vraiment aller au-delà et se demander ce que l’on veut faire du Sénégal en matière digitale dans la place du continent ou de la sous-région une fois cette question posée et les secteurs pour lesquels nous pouvons être compétitifs identifiés, comme la formation (la délivrance des compétences nécessaires pour que l’on puisse faire du offshoring global), ou le secteur des infrastructures. Sur ce dernier registre, les coûts seront difficilement abordables par rapport à ce que l’on peut obtenir dans les marchés qui sont beaucoup plus larges. On peut aussi prendre des mesures fiscales audacieuses ou d’autres types qui avantagent la promotion du digital pour créer à la fois des emplois, de l’inclusivité et de la valeur ajoutée nationale. C’est une question qui reste ouverte. Nous avons des cartes à jouer et nous ne devons pas penser que nous sommes déjà prédisposés à jouer les premiers rôles, en matière de digital. D’autres pays de la sous-région ont les mêmes atouts que nous et la question c’est comment transformer ces atouts pour en faire des opportunités. C’est une question entre l’Etat et le secteur privé pour valoriser notre potentiel digital au Sénégal.

GAINDE 2000 était engagé au niveau africain sur plusieurs fronts pour une plus grande présence des entreprises du continent dans le commerce électronique ; comme l’harmonisation des systèmes de commerce électronique utilisés dans les différents espaces géographiques du Continent ; l’interopérabilité des systèmes de paiement électronique utilisés sur le continent ou encore la question du développement des infrastructures logistiques de soutien au commerce : Ou en êtes-vous dans ces combats ? 

C’est un combat qui continue. Nous avons la chance, en Afrique, d’avoir des organisations régionales. Sur le plan monétaire, nous avons une banque centrale pour les huit (8) Etats de l’Afrique de l’ouest, l’OHADA sur le plan du droit des entreprises qui est encore une organisation plus large, et l’OAPI sur le droit de la propriété intellectuelle. Donc, en termes de standardisation, nous avons des éléments assez pertinents qui ont été conçus à l’échelle africaine. Maintenant, les pays africains restent à la fois des concurrents, des rivaux et des partenaires. Cela ne marche pas souvent parce que les constructions régionales que nous devons faire, doivent ignorer ces notions de rivalité et de concurrence pour la bonne raison que nous avons tous intérêt à construire un grand marché africain digital par lequel nos entreprises pourront se déployer, créer des emplois et de la valeur ajoutée. Selon mon point vu, il faut une nouvelle conscience de la collaboration dans les pays africains. La CEDEAO est un immense marché grâce au Nigéria. La Zlecaf également est une très grande perspective pour les africains. Maintenant cette conscience de libre-échange doit être soutenue par la conscience d’un marché africain pour les africains prioritairement.  Il faut fortement marteler ce discours et de façon répétitive.  Le secteur privé africain et les Etats doivent aller ensemble vers cet idéal.  La coopération régionale et sous-régionale doit porter énergiquement ces questions fondamentales.

Nous ne pouvons pas aujourd’hui, avoir des projets qui vont être financés par nos partenaires traditionnels et qui vont faire en sorte que nous puissions valoriser cela. En effet, la perspective de l’aide au développement, ne va sans doute pas, être orientée pour rendre l’Afrique autonome vis-à-vis de toutes ces questions. Ce sera souvent des constructions qui vont nous permettre d’avoir une meilleure relation avec nos partenaires économiques et cela va nous empêcher de construire notre marché. Aujourd’hui pour l’Europe, la construction de leur marché est claire, limpide et visible. Elle est orientée vers l’intérêt des acteurs européens. Le marché américain étant un géant représentant quasiment le quart (¼) de l’économie mondiale, a encore des ressorts pour pouvoir contenir toutes ses ambitions et celles de ses entreprises. En revanche, l’Afrique reste encore ce mystère car elle a énormément d’atouts mais elle baigne dans beaucoup de contraintes qui font que ces atouts sont rarement valorisés dans le sens de l’intérêt des entreprises du continent. Il faut cette petite révolution qui fera que les nouvelles constructions vont privilégier nécessairement la création de valeurs à l’intérieur de l’Afrique pour la création d’emplois et pour la prospérité économique du continent. C’est un combat que nous continuons de mener pour faire en sorte que de plus en plus, les acteurs privés comme publics, comprennent les enjeux du digital et prennent conscience que cette construction, à l’échelle continentale, est nécessaire pour garantir à l’Afrique un avenir.

L’avènement de la crise sanitaire n’est-elle pas une raison supplémentaire pour légitimer ces combats et une occasion pour faire bouger les lignes au plan politique africain ?

Vous avez sans doute vu que dans cette pandémie et bien avant elle, l’Afrique avait déjà affirmé une ambition à travers la zone continentale de libre-échange. Mais dans le cadre de cette pandémie, très peu de pays et pas seulement en Afrique, sont allés vers une coopération très avancée pour être dans une harmonisation des dispositifs. L’exemple de ce qui se passe aujourd’hui sur les tests COVID 19 dans les différents pays africains d’une même région, illustre le manque de coopération et parfois le manque de confiance. Normalement, le test qui est certifié par un Etat doit être théoriquement reconnu par une autre Etat. On comprend la sensibilité de la question sanitaire mais cela témoigne aussi du manque de confiance qui existe entre nous. Par conséquent, nos limites ont été révélées au grand jour, notamment celles de l’intégration. Le fait de les identifier nous permettra de les surmonter, ce qui est un bon prétexte pour se remettre en question du fait de la crise. Il nous faut également savoir ce que l’on met derrière la coopération et la confiance à l’échelle africaine. Cette crise nous montrera jusqu’où nous sommes prêts à aller en matière de coopération et de confiance. En effet pour l’instant c’est un prétexte et ce que l’on a pu constater, c’est un repli qui ne correspond pas à l’esprit de l’intégration africaine.

Votre Message aux chefs d’entreprises sénégalais sur l’adoption des solutions de commerce électronique ?

Plus largement aujourd’hui, je pense qu’aucune activité économique ne peut envisager un avenir sans placer le digital au cœur de cette activité en question. Le digital n’est plus une fonction verticale dans une entreprise mais une dimension transversale. C’est un grand défi pour les entrepreneurs parce que pendant longtemps, il y a eu une confusion entre informatique, digital, dématérialisation. Tous ces mots ont été mis dans un même panier sans comprendre la différence fondamentale qu’il y a autour de ces constructions. Je pense que les organisations doivent mettre en place une stratégie digitale qui a pour but d’abord, d’optimiser leurs processus, ensuite de rendre plus performant leur production, de réduire les coûts, et enfin de permettre d’atteindre une clientèle plus large. Aujourd’hui, vous êtes une entreprise basée dans une ville au Sénégal, vous pouvez accéder à une clientèle étendue sur tout le territoire national grâce au digital. Cela est un multiplicateur d’échelle très important qu’il faut considérer. J’inviterais vraiment les PMEs, à ne pas mettre des briques les unes après les autres en matière de digital, mais plutôt d’essayer de construire un ensemble cohérent de sorte que chaque brique, soit à la bonne place pour permettre la valorisation de leur activité. Il y a beaucoup de spécialistes au Sénégal qui sont capables d’accompagner ces entreprises dans leur transformation digitale. L’année 2021 doit être une année de construction ou de transformation digitale très avancée. Ce qui nous donnera des gains de compétitivité et permettra à nos entreprises de pouvoir résister et faire face à de grosses plateformes internationales qui sont de plus en plus prépondérantes, et qui ne dérangent pas uniquement en Afrique, mais à travers le monde du fait de leur puissance qui croît de manière exponentielle. A ce rythme, il deviendra impossible de faire sans ces plateformes s’il n’y pas des constructions stratégiques en alternative. Si nous n’avons pas d’alternatives, nous serons prisonniers d’une économie que nous ne contrôlerons pas et sur laquelle nous capterons la faible portion en matière de valeur ajoutée, alors que dans les normes, chaque entreprise, de chaque pays a pour vocation de capturer le maximum de valeur ajoutée de son marché parce que, c’est le seul endroit où elle peut être plus ou moins avantagée.  Si les conditions ne sont pas créées pour cela, nous verserons dans une économie de consommation totalement extravertie, et par conséquent, dans une situation où la création de valeur ajoutée et d’emplois se heurteront à la réalité économique avec toutes les implications qui pourraient naître de cette limite.




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